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Histoire de la Saskatchewan

By: Michael Cottrell

La province de la Saskatchewan, constituée en 1905, est donc de création récente ; mais l’histoire qui sous-tend cette entité politique et sociale comprend les histoires innombrables de ceux qui pendant des millénaires ont élu domicile dans les vastes plaines, bois et forêts de la bordure septentrionale du continent nord-américain. Contées par divers groupes culturels dans de nombreuses langues différentes, ces histoires ont cependant un thème en commun : la lutte des humains contre un environnement particulièrement hostile, marqué par des écarts climatiques extrêmes portant sur d’immenses étendues de terres, loin des concentrations démographiques du reste du continent. En sa plus simple expression, l’histoire de la Saskatchewan est l’histoire collective de groupes humains s’adaptant à un climat difficile et à un terrain immense afin de survivre et de prospérer. C’est cette histoire qui a forgé une identité distincte parmi ceux qui s’y trouvent chez eux, et la même réalité fondamentale va certainement continuer pendant très longtemps à façonner le destin collectif des habitants de la province.

Les peuples autochtones sont convaincus que leurs ancêtres habitaient « de toute éternité » ce que nous appelons à présent la Saskatchewan (voir ABORIGINAL PEOPLES OF SASKATCHEWAN), tandis que les archéologues ont découvert des traces d’activité humaine qui commencent avec les Paléo-Indiens chasseurs de gros gibier, aux environs de 9 500 avant notre ère (voir ARCHAEOLOGY). Les témoignages de l’archéologie et de l’histoire orale indiquent un processus de changement constant et d’adaptation à des variations spectaculaires du point de vue du climat, de la flore et de la faune au cours des millénaires. Il fallait de la flexibilité et de l’ingéniosité pour développer les technologies, systèmes économiques, formes d’organisation politique et pratiques spirituelles et culturelles nécessaires à cette adaptation et à l’amélioration du mode de vie. Les plaines du sud et les régions semi-boisées s’avérèrent les plus hospitalières, et les énormes troupeaux de BISON fournirent aux premiers occupants leur nourriture, leurs vêtements et leur abri. Au nord, la forêt boréale avait moins d’attraction, mais le caribou, l’orignal et les poissons permirent à des bandes éparses de survivre dès 3 000 avant notre ère.

Les ancêtres des autochtones modernes firent sentir leur présence dans la région de nombreux siècles avant l’arrivée des Européens. Les NEHIYAWAK ou Cris (CREE) étaient de loin le groupe le plus nombreux : les bandes des marais (Swampy) et des bois (Woodland) occupaient le Bouclier Canadien et les forêts boréales depuis le nord du Québec actuel jusqu’au nord de l’Alberta, et les bandes des plaines commençaient à pénétrer dans les régions semi-boisées et les plaines au sud de la North Saskatchewan River. Les Nehiyawak étaient en étroites relations avec les NAKOTA (Assiniboines) qui occupaient le sud de la Saskatchewan, et dépendaient presque entièrement du bison pour leur subsistence. En tant qu’alliés, les Nehiyawak et les Nakota faisaient du commerce avec les Mandan du Missouri, et entraient parfois en guerre avec les LAKOTA (SIOUX), DAKOTA (Sioux) et Atsina (Gros Ventres) au sud-est et au sud-ouest. A l’est de ces groupes vivaient les NAHKAWEWIN (SAULTEAUX), qui quittèrent leur domicile ancestral dans la région des Grands Lacs pour le centre-est de la Saskatchewan actuelle après l’arrivée des Européens. A l’ouest se trouvait la confédération des Siksika, Kaini et Peigan (Pieds-Noirs), qui revendiquaient la plus ancienne présence sur les plaines et dont le territoire s’étendait des Eagle Hills aux Rocheuses. Les Nehiyawak, Nahkawewin, Siksika, Peigan et Kaini parlaient tous des langues appartenant à la famille algonquienne (voir FIRST NATIONS LANGUAGES). Ce qui est à présent le nord-ouest de la Saskatchewan était occupé à l’origine par les bandes DENESULINE (Déné, Chipewyan), parlant l’Athapascan, qui vivaient tout au nord et à l’ouest. Les conflits entre Denesuline et Nehiyawak étaient endémiques, et se poursuivirent après le contact avec les Blancs. L’adaptation des peuples autochtones aux défis de leur environnement impliquait une relation très étroite avec la terre, et une très bonne compréhension des animaux dont dépendait leur survie. Un autre aspect vital de leur adaptation était représenté par le développement d’un esprit communautaire qui encourageait fortement la redistribution et la réciprocité comme valeurs essentielles à la survie collective. En dépit de leurs petits nombres et de cultures matérielles simples comparées à d’autres concentrations autochtones plus importantes, les peuples des plaines vivaient de façon satisfaisante, nourris de spiritualité et de riches cérémonies.

La primauté des peuplades autochtones dans les prairies et les forêts septentrionales cessa au 17ième siècle avec la formation de colonies britanniques et françaises à l’est de l’Amérique du Nord. Le commerce des fourrures était leur principale raison d’être, en même temps que les monarques revendiquaient ces terres dont ils refusaient aux autochtones le droit d’occupation (voir FUR TRADE IN SASKATCHEWAN). Partant de cela, en 1670 le roi d’Angleterre Charles II fit don à la Compagnie de la baie d’Hudson d’une charte qui lui accordait la possession d’une vaste région intérieure appelée Terre de Rupert, ainsi que le monopole du commerce qui lui était associé. D’une superficie de 7 700 000 km2, ce territoire comprenait la majeure partie de la Saskatchewan actuelle. Au cours du siècle suivant, la Compagnie adopta une stratégie relativement passive consistant à construire des postes sur le rivage de la baie d’Hudson et à attendre que les autochtones viennent y apporter leurs fourrures. Exceptionnellement, le jeune HENRY KELSEY fut envoyé à l’intérieur des terres en 1690 afin d’enrôler davantage d’autochtones dans ce commerce. Guidé par des Indiens, il fut le premier Européen à contempler les grandes plaines de ce qui est maintenant la Saskatchewan.

Comme l’ancienne rivalité entre la France et l’Angleterre s’étendait à l’Amérique du Nord, les Français refusèrent de reconnaître les droits exclusifs de la compagnie anglaise. A la fin des années 1600 et au début des années 1700, les voyageurs du commerce français basé à Montréal se répandirent à l’ouest des Grands Lacs en suivant les itinéraires des Indiens, afin de découvrir de nouvelles sources de fourrures et de nouveaux partenaires autochtones. Pierre de la Vérendrye arriva en aval de la SASKATCHEWAN RIVER au début des années 1740, et dans la décennie qui suivit, de Niverville et de la Corne établirent des postes en amont, dans les limites de la Saskatchewan actuelle (voir FUR TRADE POSTS). Les Français se retirèrent de l’ouest après la conquête de 1760, mais vingt ans plus tard ils furent remplacés par la Compagnie du Nord-Ouest. Dirigée par des marchands anglo-américains de Montréal et pourvue de voyageurs franco-canadiens expérimentés, la compagnie du Nord-Ouest explora l’ouest et le nord par la Saskatchewan et la CHURCHILL RIVER en vue d’exploiter de nouveaux territoires riches en fourrures. En face de cette concurrence,  la Compagnie de la baie d’Hudson se résolut à adopter une stratégie plus agressive et établit son premier poste intérieur à CUMBERLAND HOUSE en 1774. Dans les décennies qui suivirent, une intense rivalité conduisit à la création d’une série de postes dans tout l’ouest, et quand les deux compagnies s’amalgamèrent en 1821, la région appelée à devenir la Saskatchewan possédait plus de cinquante centres de commerce, dont beaucoup étaient situés dans des lieux de rassemblement autochtones.

Il était très important pour les relations interculturelles que les rencontres initiales entre autochtones et Européens se déroulent dans un contexte commercial. En dépit des attitudes européennes de supériorité, la réalité imposait une grande dépendance vis-à-vis des Premières Nations. Les marchands dépendaient des autochtones pour leurs provisions de fourrures, et ils avaient besoin de leur assistance pour survivre dans une région et un climat avec lesquels ils n’étaient pas familiers. Comme dans ce contexte commercial il n’y avait que des Européens mâles, beaucoup d’entre eux forgèrent des liens avec les femmes autochtones. Ces liens profitaient aux deux parties : les femmes offraient à leurs partenaires européens une aide pratique ainsi qu’une connaissance culturelle essentielle, cimentant ainsi les liens économiques et sociaux entre marchands et communautés autochtones ; tandis qu’en incorporant les Européens dans leurs systèmes de parenté, les Indiens espéraient bénéficier d’un traitement préférentiel et de formes d’assistance telles que l’accès aux provisions des postes en cas de besoin. Au fil des ans, la progéniture sang-mêlé de ces mariages développa l’identité syncrétique distincte des MÉTIS.

Marchands et autochtones, circa 1880.
Saskatchewan Archives Board S-A97

Pendant au moins cent cinquante ans après le contact, donc, le commerce des fourrures produisit une relation mutuellement bénéfique. La présence européenne, peu imposante, ne menaçait pas la culture et la souveraineté autochtones. Les Indiens firent preuve de flexibilité et d’ingéniosité en s’adaptant au nouveau système économique, et se taillèrent divers rôles de trappeurs, d’intermédiaires et d’approvisionneurs ; ils pouvaient aussi profiter de nouvelles technologies tout en contrôlant leur propre destin. Les objets en métal (haches, couteaux, casseroles, grattoirs, briquets, mousquets, etc), tout de suite adoptés, économisaient l’effort – surtout pour les femmes (voir FIRST NATIONS WOMEN) – et augmentaient donc la qualité de la vie et la sécurité dans un milieu rude. La technologie plus efficace et les plus grands loisirs profitèrent également à l’expression artistique et à la vie cérémoniale des peuplades autochtones.

Peu à peu, cependant, le commerce des fourrures produisit de profonds changements chez les Premières Nations. L’introduction du cheval et du fusil révolutionna la culture des plaines, augmentant considérablement la mobilité mais aussi exacerbant les conflits entre tribus. Au début des années 1800, la farouche rivalité entre la Compagnie de la baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest mena au piégeage excessif et à l’épuisement des sources de fourrures. La demande pour le pemmican, causée par l’augmentation spectaculaire du nombre des comptoirs, fit passer la chasse au bison d’une activité de subsistance à une activité commerciale qui entama la destruction des troupeaux et encouragea les conflits concernant les territoires de chasse. Les maladies (DISEASES) telles que la variole, la grippe, la coqueluche et la rougeole causèrent une mortalité généralisée, surtout au cours des années 1780, 1830 et 1860. La consommation d’alcool, introduit par des marchands sans scrupules, augmenta également – ainsi que ses effets démoralisants.

Le commerce des fourrures fut la première industrie de base à dominer le développement économique de ce qui allait devenir la Saskatchewan. En dépit de la prospérité à court terme, la précarité d’une économie centrée sur une ressource unique devint évidente au milieu du 19ième siècle, lorsque les changements de mode firent tomber la demande de fourrures. Comme les ressources locales étaient considérablement réduites et que la main-d’oeuvre autochtone n’était plus essentielle à la prospérité, l’effondrement du commerce des fourrures porta un coup sérieux à l’hégémonie des Premières Nations. Cette dernière fut mise en plus grand péril encore par les données des expéditions géologiques PALLISER-HIND de la fin des années 1850 : dotés des derniers perfectionnements scientifiques, leurs relevés conclurent que, tandis qu’une partie sud de la prairie était un désert semi-aride, il existait aussi une riche ceinture fertile appropriée à l’agriculture à grande échelle, qui s’étendait de la Rivière Rouge aux Rocheuses. Cette découverte transforma la perception que l’on avait de cette région : d’un désert gelé, elle devint un futur Eden agricole, ce qui eut de profondes implications pour l’avenir de l’Ouest et de ses habitants. Voyant dans cette redéfinition de l’Ouest l’occasion de réaliser leurs ambitions, les milieux des affaires et de la politique du Canada central s’en emparèrent sans tarder. Cette élite naissante en vint à imaginer qu’en ouvrant les prairies à la colonisation et en les intégrant aux centres métropolitains de Toronto et Montréal, on pourrait créer une nouvelle nation transcontinentale qui, avec une économie nationale autosuffisante, rivaliserait les Etats-Unis. La Confédération des quatre provinces originelles en 1867 représenta le premier pas dans cette direction. Des représentants fédéraux ouvrirent immédiatement les négociations avec la Compagnie de la baie d’Hudson, et par un accord signé en 1869 la Terre de Rupert fut vendue au gouvernement fédéral. En 1870, après la création du Manitoba, la Terre de Rupert toute entière se trouva incorporée dans la Confédération canadienne en tant que Territoires du Nord-Ouest (voir RUPERT’S LAND PURCHASE).

L’attitude du Canada envers son nouveau territoire fut entièrement impérialiste : les fonctionnaires fédéraux considéraient les prairies comme une colonie à exploiter pour le bénéfice de la nation. Les politiques nationales des années 1870 et 1880 (NATIONAL POLICIES) comprenaient un système de concessions bon marché, une police territoriale, la construction d’un chemin de fer transcontinental, un tarif protecteur, et une structure politique admettant peu de contrôle local. Ces politiques encouragèrent d’abord une colonisation blanche provenant surtout de l’Ontario. Comme tout groupe d’affrètement, ces colons cherchèrent à modeler la nouvelle société à leur propre image ; ils étaient principalement guidés par les principes suivants : loyauté envers l’Empire britannique et la religion protestante, confiance dans les institutions légales et parlementaires britanniques, et foi dans les vertus de travail, d’autonomie, d’économie et de sobriété. Ils développèrent bien vite un fort attachement pour leur nouveau milieu ; cette identité régionale naissante était étayée par la conviction que l’Ouest était injustement accablé par les politiques fédérales – surtout en matière de colonisation, de transport et de tarifs. Dès le début de cette colonisation, donc, l’identité régionale de l’Ouest fut façonnée par un sentiment d’injustice de la part du gouvernement fédéral, du Canada central, et  d’ « intérêts de l’Est » mal définis – lesquels étaient accusés de profiter des accords de la Confédération aux dépens des résidents de l’Ouest.

Le chemin de fer arrive à Rosetown.
Saskatchewan Archives Board S-B6936

Les difficultés affrontées par ces premiers colons semblent dérisoires par rapport à celles des peuplades autochtones, qui tentaient de contrôler leur propre destin en face des profonds changements qui les affectaient. L’achat de la Terre de Rupert par le Canada jeta l’alarme parmi les Indiens, d’autant plus qu’ils n’avaient pas été consultés sur l’avenir de ce qu’ils considéraient comme leurs territoires traditionnels. Les protestations des Métis conduisirent à la création du Manitoba en 1870 ; mais les irrégularités affectant la distribution de titres, ainsi que la tension existant vis-à-vis des colons, forcèrent de nombreux Métis à chercher refuge plus à l’ouest, dans les vallées de la Saskatchewan, où ils tentèrent de poursuivre leurs activités traditionnelles d’agriculture mixte et de chasse au bison. Le gouvernement fédéral, avec l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, s’assura la juridiction sur les peuplades autochtones et poursuivit la pratique de négocier par l’intermédiaire de traités. Sept traités numérotés furent signés avec les Premières Nations des plaines entre 1871 et 1877 ; deux d’entre eux, les traités 4 et 6, couvraient la moitié sud de ce qui allait devenir la Saskatchewan. Confrontés à l’effondrement de leur économie traditionnelle, causé par la disparition du bison et l’afflux de colons blancs, les chefs autochtones voyaient dans ces accords un moyen d’établir avec la Couronne une relation garantissant l’aide dont ils avaient besoin pour effectuer la transition vers le style de vie sédentaire et agricole qui était le prix pour la colonisation pacifique de leurs terres. Les chefs considéraient comme essentiels à la survie de leurs communautés l’éducation, les soins médicaux, l’aide en cas d’urgence, l’assistance agricole, et la garantie des droits de chasse. En dépit de la rhétorique des traités, le gouvernement fédéral avait une vision plus limitée et considérait ceux-ci comme un mécanisme d’abolition de la souveraineté autochtone et comme un moyen d’isoler les Indiens dans des réserves afin de faciliter la colonisation blanche. Le conflit entre ces différentes interprétations des traités devint évident presque immédiatement, si bien que l’harmonie interculturelle qui avait généralement régné durant le commerce des fourrures prit fin avec la période de colonisation.

Les années qui suivirent la signature des traités furent donc extrêmement traumatisantes pour les autochtones de l’Ouest : la disparition complète du bison en 1879 causa une famine générale, et la parcimonie gouvernementale en matière d’assistance rendit la transition vers l’agriculture très difficile. Les difficultés d’adaptation à la vie en réserve se trouvèrent accrues par la conduite souvent autoritaire des agents indiens, qui détenaient des pouvoirs de supervision très étendus en vertu de la Loi sur les Indiens de 1876. Cherchant à conserver leur souveraineté, des chefs comme BIG BEAR, POUNDMAKER et PIAPOT tentèrent d’unir toutes les peuplades des plaines derrière une demande pour des réserves contiguës et pour une seconde négociation des traités, cette fois avec des clauses plus généreuses.  Leur mécontentement coïncidait avec les doléances des Métis, qui souffraient également de la disparition du bison et qui voyaient leurs efforts pour se lancer dans l’agriculture commerciale frustrés par l’impossibilité d’acquérir des titres pour les terres qu’ils habitaient. Après avoir échoué plusieurs fois dans leurs tentatives pour obtenir satisfaction et former un front commun avec les Premières Nations et les Blancs mécontents, les Métis prirent les armes sous la direction du charismatique LOUIS RIEL. Malgré quelques succès initiaux et un courage remarquable, les Métis furent vaincus par les forces canadiennes après trois jours de bataille rangée à BATOCHE, en mai 1885 (voir NORTH-WEST RESISTANCE).

Louis Riel.
Saskatchewan Archives Board S-8573

La Résistance (ou Rébellion) de 1885 représente un tournant dramatique dans l’histoire de ce qui allait devenir la Saskatchewan. Les efforts des Métis pour se ménager une niche bien à eux dans la nouvelle société qui prenait naissance sur les prairies prit fin symboliquement avec l’exécution de Louis Riel en novembre 1885. Pendant la plus grande partie du siècle suivant, les Métis allaient occuper la position marginale des « peuplades des bas-côtés » (Road Allowance People), placés dans un vide juridique et culturel entre les Premières Nations et les Blancs. La Résistance eut également de sérieuses implications pour les Premières Nations, étant donné que la politique de colonisation du gouvernement fédéral devint de plus en plus coercitive et que le fossé entre autochtones et colons se fit plus profond. Des chefs comme Big Bear et Poundmaker furent jetés en prison, et d’autres bandes, soupçonnées de déloyauté, furent privées de leurs chefs. La mobilité des autochtones se vit encore réduite par le système de laissez-passer (PASS), et par un système de permis qui contrôlait les transactions financières en vue d’imposer aux réserves une agriculture à petite échelle. Les agents fédéraux, souvent en collaboration avec les missionnaires chrétiens, se lancèrent à l’assaut de la spiritualité traditionnelle en interdisant la Danse du soleil (SUN DANCE) et autres cérémonies. L’éducation devint également un outil de contrôle et de transformation lorsque le gouvernement fédéral, avec le concours de plusieurs églises chrétiennes, créa dans le pays entier un système d’écoles résidentielles (RESIDENTIAL SCHOOLS). Conçues pour remplir les obligations gouvernementales d’offrir une éducation et une formation pratique, ces institutions servaient également à séparer les enfants autochtones de leurs familles : la destruction de leur culture, langage et spiritualité conduirait ainsi à leur assimilation dans la société euro-canadienne. Ces institutions n’étaient pas sans mérite; mais il est maintenant clair que les mauvais traitements abondaient, et beaucoup d’autochtones les considèrent comme des véhicules de génocide culturel. Les écoles résidentielles, qui faisaient partie d’une vaste campagne cherchant à modeler les autochtones à l’image des Blancs, sont à l’origine de sévères traumatismes intergénérationnels, comme en témoigne la diminution démographique spectaculaire de cette période : pendant quelque temps, les peuplades autochtones firent figure d’une race prête à disparaître.

Le changement d’hégémonie que les politiques nationales avaient envisagé pour l’Ouest se trouva confirmé dans les années 1890 par l’afflux d’immigrants blancs. Une série de facteurs globaux -- parmi lesquels la fin de la frontière américaine, ainsi que les bouleversements industriels et les tensions ethniques en Europe – contribuèrent à ce mouvement de masse. L’achèvement du CANADIAN PACIFIC RAILWAY, les progrès en technique agricole et la hausse du prix du blé (WHEAT) ajoutèrent à l’attraction du Canada pour ceux qui recherchaient des opportunités en agriculture. Le facteur le plus décisif, cependant, fut la vigoureuse campagne de publicité et de recrutement organisée par Clifford Sifton, nommé ministre de l’Intérieur par Wilfrid Laurier en 1896, qui fit des prairies canadiennes le « dernier bastion de l’Ouest ». Ayant décidé que la colonisation agricole de l’Ouest venait en priorité, Sifton envoya des dizaines d’agents et fit circuler une énorme quantité de brochures ; en plus des pays traditionnels tels que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, l’Europe centrale et de l’Est fut également visée pour la première fois – la supposition étant que ces « gens vêtus de peaux de mouton » feraient des recrues idéales pour les fermes de l’Ouest.

Les résultats furent remarquables : la population de la Saskatchewan passa de moins de 20 000 en 1880 à près de 258 000 en 1906, et plus de 492 000 en 1911. Environ la moitié de cette population était née au Canada, mais le reste était marqué par une vaste diversité culturelle. Cette hétérogénéité se trouva renforcée par une tendance à former des colonies ethniques (BLOC SETTLEMENTS). Tous les groupes britanniques étaient représentés : les Anglais s’établirent à Lloydminster, Qu’Appelle et Churchbridge ; les Irlandais à Young et Sinnett ; les Gallois à Bangor ; et les Ecossais à Moosomin. Les Américains venaient après les Britanniques comme principale source d’immigrants étrangers ; bien que dispersés dans toute la province, beaucoup s’installèrent à Craik et Davidson, et aussi dans le sud-ouest sec, aux environs de Maple Creek. Les Hongrois étaient concentrés près de Bekevar, Wakaw et Lestock ; les Roumains à Balgonie ; les Belges à Forget ; les Autrichiens à Ebenezer ; et les Allemands créèrent des enclaves autour de Humboldt, Tramping Lake, Melville, Grenfell et St. Walburg. Les Scandinaves étaient concentrés dans la zone semi-boisée du centre-est, depuis Naicam jusqu’à la frontière avec le Manitoba ; et les Ukrainiens, démontrant aussi une préférence pour les régions boisées, s’établirent depuis Yorkton jusqu’à Edmonton. On remarquait plus spécialement les sectes religieuses exemptées du HOMESTEAD ACT (Loi sur les concessions) afin de pouvoir cultiver leurs terres en commun. Les Mennonites s’établirent au nord de Saskatoon à Dalmeny, Hague et Osler ; au sud de Swift Current ; et dans la région de la Carrot River. Les Doukhobors formèrent des cellules au nord de Yorkton et autour de Blaine Lake, tandis que les Hutterites se rassemblaient dans les colonies de Gull Lake, Rosetown et Riverbend.

Les colonies ethniques formées ainsi et par d’autres groupes arrivés en Saskatchewan servirent initialement à faciliter l’adaptation des colons au rude milieu de la prairie. Une conséquence inattendue fut la tendance à conserver la langue et la culture ancestrales. La province devint donc caractérisée par une grande diversité culturelle, ce qui causa une grande inquiétude parmi ceux qui s’attendaient à ce que tous les nouveaux venus se conforment aux normes anglo-canadiennes. Cette tension entre les défenseurs de l’homogénéité et ceux de l’hétérogénéité, qui reflétait un profond conflit concernant le type de culture et de société que l’on désirait pour les prairies, allait devenir l’une des grandes divisions politiques en Saskatchewan au cours des décennies qui suivirent.

Pratiquement tous les colons, cependant, étaient d’accord sur la nécessité de posséder des terres, et la réalisation de leurs rêves fut rendue manifeste par l’augmentation spectaculaire du nombre de concessions et de la surface de terre cultivée : partant de moins de 1 500 fermes et de 70 000 acres cultivés en 1886, la Saskatchewan pouvait se vanter en 1906 de 56 000 fermes et de 3,3 millions d’acres cultivés. Ce résultat extraordinaire fut obtenu grâce aux labeurs de ceux que l’on appelle les pionniers ; leurs expériences, distillées en une série de mythes, ont eu une profonde influence sur l’identité de la Saskatchewan (voir PIONEERS). Ces histoires de travail éreintant, d’isolement, de solitude, de dévastation et d’échec vont de pair avec des récits d’autonomie, de persévérance, d’aide entre voisins, d’effort communautaire, et de réussite. Il en ressort un archétype du pionnier : rude, honnête, travailleur, entreprenant et ingénieux. L’un des thèmes principaux de ces histoires est la limite de la capacité individuelle, et donc la nécessité de s’engager dans l’action coopérative afin de survivre et de prospérer en face d’un étrange environnement et d’éléments impitoyables. Malgré tout cela, et en dépit du mythe populaire que l’histoire des pionniers représente une expérience collective, la réalité nous montre que la colonisation de la Saskatchewan fut loin d’être égalitaire : les expériences des individus et des groupes étaient fort diverses, selon l’époque de leur arrivée, l’endroit où ils s’installaient, les ressources qu’ils apportaient, leur sexe et leur ethnicité. Tout bien pris, il y eut autant de perdants que de gagnants dans le jeu des concessions. En dépit de leur statut légal et politique subalterne, il est clair que la présence des femmes fut l’un des principaux facteurs de réussite dans la colonisation de la province (voir WOMEN IN SASKATCHEWAN). Il est clair également que les Premières Nations et les Métis se trouvèrent systématiquement exclus d’une participation à part entière dans ce processus, autant qu’ils furent exclus de la mythologie ainsi engendrée.

Maison pionnière typique, sud de la Saskatchewan, 1906.
Saskatchewan Archives Board S-B125

La rapide croissance démographique résultant de l’afflux de pionniers transforma presque tous les aspects de la société provinciale et intensifia la demande pour le contrôle politique des affaires locales. Bien que trop lent pour satisfaire les ambitions locales,  le changement politique se produisit en fait assez rapidement. Gouverné directement depuis Ottawa par un conseil nommé en vertu de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest de 1875 (NORTH-WEST TERRITORIES ACT), l’Ouest fut doté en 1888 d’une assemblée territoriale (TERRITORIAL ASSEMBLY) qui obtint la responsabilité gouvernementale en 1897. Les gens de l’Ouest, cependant, entendaient que leur région obtienne le statut provincial qui lui revenait de droit au sein de la Confédération ; aussi de sérieuses négociations se développèrent-elles au début des années 1900 concernant la forme que prendrait la future province. La décision finale de créer deux provinces en vertu des Lois sur l’autonomie (AUTONOMY BILLS) de 1905, dictée par Ottawa, reflétait les craintes fédérales qu’une seule province nuirait à l’équilibre de la Confédération en accordant trop de pouvoir à l’Ouest.

La nouvelle province de la Saskatchewan vit le jour le 1er septembre 1905, saluée par la fanfare et la controverse. Le maintien du contrôle fédéral sur les terres et leurs ressources causa un énorme ressentiment : cette question allait envenimer les relations entre la province et Ottawa pendant toute une génération. Le segment anglo-protestant de la population était également exaspéré par la décision d’accorder des fonds publics à des écoles séparées, où le français et d’autres langues que l’anglais serviraient pour l’instruction. Toutes ces questions d’éducation, de religion et de langage firent monter les passions et dominèrent la scène politique provinciale pendant plus de trente ans (voir BILINGUALISM).

Un optimisme effréné, cependant, marqua la création de la nouvelle province, encouragé par une croissance spectaculaire dans tous les domaines. Avec une population de près d’un demi-million en 1911, la Saskatchewan était en passe de devenir la troisième province du Canada ; elle détenait également quelques-unes des villes avec la croissance la plus rapide en Amérique du Nord. En tant que capitale, Régina jouissait de la présence du gouvernement et était fière de sa législature (SASKATCHEWAN LEGISLATIVE BUILDING), officiellement inaugurée par le gouverneur général en 1909. Les autres principaux centres urbains bénéficièrent également de l’acquisition d’institutions publiques. Saskatoon obtint l’autorisation de construire l’Université de la Saskatchewan (UNIVERSITY OF SASKATCHEWAN) en 1909 ; Prince Albert reçut le pénitencier fédéral ; et North Battleford abrita l’asile d’aliénés. En sus de ces centres principaux, plus de 500 petites villes firent leur apparition à cette époque dans le sud de la province, en même temps que les chemins de fer prenaient de l’ampleur. A l’époque de la Première Guerre mondiale, la Saskatchewan était desservie par trois voies ferrées nationales et plus de 1 000 miles de voies secondaires. C’est alors également que toute l’infrastructure de l’administration, de l’éducation et des communications (municipalités rurales, routes, écoles, tribunaux et hôpitaux) fut créée à partir de zéro.

Pendant ces années formatrices la province était dominée par l’agriculture, la culture du blé étant de loin la plus importante : en 1911, plus de 80% de la population vivaient dans les régions rurales, et plus de 75% de la main-d’oeuvre identifiaient l’agriculture comme leur principale occupation. Le parti libéral (LIBERAL PARTY), qui gouverna la province sans interruption jusqu’en 1929, devait sa prédominance principalement à ses relations étroites avec les fermiers et à sa sensibilisation aux intérêts agricoles. L’agriculture guidait la construction des voies ferrées, car celles-ci étaient surtout consacrées au transport des marchandises agricoles. Les villes s’élevèrent autour des silos, qui, étant les seules structures verticales sur un relief plat, devinrent des points de repère essentiels et des symboles de la présence pionnière. L’agriculture dictait également l’extension des centres urbains – passant de villages à villes et puis à cités – parce que eux aussi émergeaient pour subvenir aux besoins de la communauté fermière. Le progrès se mesurait principalement par le rendement en blé (plus de 50 millions de boisseaux en 1906), et les Saskatchewaniens se délectaient de leur nouvelle réputation de « panier à pain du monde ». Cette dévotion à la culture du blé provoqua pourtant quelques développpements douteux. L’un de ceux-ci fut la décision en 1908 d’offrir en concessions les terres sèches du sud-ouest, jusqu’alors réservées aux ranchers ; la folie de tenter la culture céréalière dans cette région fut mise en évidence dans les années 1930. Poussé par le même désir d’ouvrir davantage de terres aux colons blancs,  le ministère de l’Intérieur arrangea dans les deux premières décennies du vingtième siècle la vente de milliers d’acres de terres de réserves indiennes, en recourant souvent à des méthodes frauduleuses. Ajoutée aux restrictions qui les accablaient déjà, la perte de tant de bonnes terres arables porta un coup dur aux efforts que faisaient de nombreuses bandes pour percer dans l’économie du blé.

Rétrospectivement, la colonisation de la Saskatchewan représente une collision à grande échelle entre forces naturelles et forces humaines. La conversion de l’environnement, d’une prairie native et d’une région semi-boisée à un paysage arpenté, clôturé et cultivé intensément, constitua une énorme transformation écologique. La biodiversité se trouva compromise par la réduction ou l’élimination des prédateurs naturels au profit de l’élevage du bétail et des chevaux, et la tendance au surpâturage altéra la composition végétale. Du point de vue des colons, il s’agissait de progrès et de domination basée sur le défrichement et l’ouverture des terres ; mais il vint un moment où ils apprirent qu’il existe des limites naturelles au progrès et que la domination entraîne des conséquences écologiques.

Ce premier grand essor de la Saskatchewan dura jusqu’en 1912, mais la récession qui s’ensuivit tempéra la confiance des enthousiastes dans le potentiel illimité de la nouvelle province. Le début de la Première Guerre mondiale en 1914, qui déclencha un retour à la prospérité, laissa aussi d’autres marques. La guerre fut d’abord saluée par une grande ferveur patriotique, et partout les jeunes hommes s’empressèrent de s’engager ; plus de 42 000 résidents de la province servirent dans le conflit, et 4 400 donnèrent leur vie pour les Alliés. On trouvait les plus forts taux d’enrôlements chez la population d’origine britannique, mais beaucoup de récents immigrants venus de l’Europe de l’Est saisirent cette occasion pour démontrer leur patriotisme. Les autochtones s’engagèrent également en nombres impressionnants. En même temps que la guerre unifiait, elle renforçait les préjugés contre les groupes slaves, surtout les Ukrainiens, dont beaucoup se trouvèrent désignés comme ressortissants d’un pays ennemi à cause de leurs racines dans l’Empire austro-hongrois ; environ la moitié des 8 000 qui furent internés nationalement provenaient de la Saskatchewan. Les Allemands, qui auparavant avaient représenté le colon idéal, devinrent aussi victimes de persécutions ; et les conformistes anglos se servirent de l’émotivité ambiante pour restreindre les droits linguistiques des Français et autres groupes minoritaires de la province.

Cette attaque contre les cultures minoritaires trahit le côté sombre du mouvement évangéliste social (SOCIAL GOSPEL) qui s’épanouit au Canada durant la guerre. Dans le but de purifier la société nationale par l’application de principes chrétiens, ce mouvement demandait toute une gamme de réformes, parmi lesquelles la PROHIBITION de l’alcool et l’offre du droit de vote aux femmes (voir WOMAN SUFFRAGE). Il n’est peut-être pas surprenant, étant donné les contributions cruciales des femmes à la société pionnière et la force de leurs organisations, que la Saskatchewan devint en 1916 la deuxième province à accorder aux femmes le droit de vote, et la troisième à prohiber la vente et la consommation d’alcool.

La province tira peu de profits de l’énorme expansion de la fabrication canadienne provoquée par la demande de munitions. Il n’en allait pas de même avec l’agriculture : les ranchers répondirent à la demande accrue et à l’augmentation des prix en triplant la production de boeuf entre 1914 et 1918, et les récoltants de blé furent motivés de même par le patriotisme et la soif de profit. Avec l’encouragement du gouvernement fédéral, et surtout après la création en 1917 du Conseil de supervision des céréales, le nombre d’acres consacrés au blé passa d’un peu plus de 6 millions en 1914 à 10,5 millions en 1918. Malgré une série de pauvres récoltes, le volume total de blé récolté augmenta de 15%. Cette concentration du gouvernement fédéral sur la production de blé pendant les années de guerre sapa les efforts des fonctionnaires provinciaux pour diversifier l’agriculture, et renforça la tendance à la monoculture céréalière. Cette accentuation d’une base économique déjà extrêmement étroite s’avéra être un héritage coûteux de la Première Guerre mondiale.

Les changements qui affectèrent le pays tout entier pendant l’après-guerre eurent également des répercussions dans la province du blé. En fait, certains de ces changements eurent leur origine en Saskatchewan. S’inspirant des traditions de coopération forgées durant la phase pionnière, et motivés par des griefs régionaux qui allaient en s’amplifiant, les fermiers de la Saskatchewan contribuèrent à la création sur une base agraire du Parti progressif (PROGRESSIVE PARTY), qui constitua l’opposition officielle au cours de l’élection fédérale de 1921. Bien qu’éphémère, le succès initial de ce troisième parti canadien d’importance majeure démontra l’empressement des électeurs de la Saskatchewan à se lancer dans une action politique indépendante et expérimentale. Il reflétait également un sens croissant d’aliénation à l’ouest, issu de l’impression que le gouvernement fédéral ne tenait aucun compte des intérêts de la région. Cet esprit d’indépendance et d’expérimentation se manifesta aussi dans le domaine économique. Sur la base d’initiatives précédentes concernant les silos, les fermiers créèrent en 1924 une coopérative du blé, la SASKATCHEWAN WHEAT POOL, pour donner aux producteurs un plus grand contrôle sur la commercialisation de leurs produits. La main-d’oeuvre syndiquée, jamais très puissante en Saskatchewan à cause de la base industrielle réduite, commença également à faire jouer ses muscles à l’appui de la grève générale de Winnipeg. L’adoption d’une loi sur le salaire minimum représenta en 1919 un important gain à court terme. Les autochtones aussi se lancèrent dans l’action collective, pour la première fois depuis les années 1880, et deux nouvelles organisations furent formées dans les années 1920. Les Métis suivirent cet exemple un peu plus tard et formèrent leur propre association en 1935.

L’ironie est que ces recours à l’action collective prirent place sur un fond de tension culturelle croissante à l’intérieur de la société de la Saskatchewan. L’extraordinaire, bien qu’éphémère, popularité du KU KLUX KLAN à la fin des années 1920 témoignait de la violence de ces divisions : cette organisation américaine suprémaciste fut capable d’exploiter la peur anglo-protestante de perdre le contrôle des institutions provinciales au profit des Canadiens français, des Slaves et des catholiques. Le Parti conservateur bénéficia aussi de ces inquiétudes, et son alliance avec les Progressifs lui permit finalement de vaincre les Libéraux en 1929. Le nouveau premier ministre, J.T.M. ANDERSON, fit vite en sorte de réduire les droits linguistiques et éducationnels des minorités, et de restreindre l’immigration non britannique. Anderson assura également à la province le contrôle des ressources naturelles par l’accord de transfert de 1930.

Au milieu de ces convulsions culturelles, l’économie de la Saskatchewan continua de se développer. Plus de 150 000 immigrants arrivèrent dans les années 1920, poussant la frontière de la colonisation plus au nord. Pour la première fois depuis la signature du Traité 10 avec les bandes du nord en 1905, le potentiel économique des ressources naturelles de la vaste forêt boréale et des lacs d’eau douce commença à attirer l’attention des entrepreneurs du sud. Une importante augmentation de l’exploitation minière et forestière ainsi que de l’industrie de la pêche eut lieu dans les années 1920, mais les intérêts de la population autochtone prenaient peu de place dans ces développements. L’économie provinciale n’en dépendait pas moins du blé, et la foi que les habitants avaient dans leur terre sembla recompensée lorsqu’en 1928 les fermiers de la Saskatchewan produisirent la plus grande récolte jamais observée : 321 millions de boisseaux, soit près de 40% de la production mondiale. La province était un endroit prospère : l’automobile, la radio et d’autres luxes de consommation devenaient monnaie courante ; les fermiers investissaient dans les nouvelles machines pour remplacer le cheval et la vapeur, et beaucoup étendaient leurs exploitations au-delà du quart de section initial. Tout cela changea de façon spectaculaire au cours de la décennie qui suivit.

Un nouveau démarrage pendant les « sales annés trente », Meadow Lake, 1935.
Saskatchewan Archives Board S-B257

Depuis l’explosion de colonisation des années 1890, les fermiers de la Saskatchewan misaient leur avenir sur le blé, partant du principe que la terre continuerait à les soutenir. Dans les années 1930, ce pari s’avéra être une folie. La Grande Dépression (GREAT DEPRESSION) qui s’empara du Canada et de la plus grande partie du monde industriel à partir de 1929 fut aggravée en Saskatchewan par neuf années successives de sécheresse et de mauvaises récoltes. Même quand il y avait une récolte, l’effondrement de la demande pour le blé poussait les prix jusqu’aux niveaux les plus bas jamais observés. Il en résulta un désastre financier pour des milliers de fermiers ; et comme l’agriculture représentait plus des trois quarts de l’économie provinciale, tous les autres secteurs se virent également affectés. Entre 1928 et 1933, le revenu par tête dans la province baissa de plus de 70% -- la plus grande perte dans tout le pays – et en 1933 environ une personne sur trois dépendait de l’aide gouvernementale pour sa survie. Le grand rêve de profit illimité provenant de l’exploitation de la terre se trouva fracassé, ce qui conduisit des milliers à quitter la province ; beaucoup de ceux qui restaient furent obligés de se lancer dans des expériences politiques encore plus radicales afin d’assurer leur survie.

Comme la plupart des autres administrations, celle du gouvernement Anderson était accablée par l’ampleur de la catastrophe qui la confrontait. La destitution générale força en 1931 le gouvernement à créer une commisssion d’assistance: près de $35 millions d’aide directe ou indirecte furent distribués au cours des quatre années suivantes. La région la plus touchée était le Triangle de Palliser (PALLISER TRIANGLE), dans le sud-ouest, où la nature et les éléments semblaient conspirer pour mettre à l’épreuve l’endurance humaine par la sécheresse, les tempêtes de poussière et les nuées de sauterelles. Là sévirent les « sales années trente », qui laissèrent près de 20 millions d’acres dépouillés de couche arable. Dès 1934 il se produisit un abandon en masse ; certaines familles quittaient leurs fermes pour tout recommencer plus au nord, d’autres quittaient la province pour de bon (voir NORTHERN SETTLERS RE-ESTABLISHMENT BRANCH). L’effondrement de l’économie agricole eut bientôt des répercussions sur la manufacture, la vente au détail, le traitement, la construction et les transports, causant un gigantesque chômage urbain. Les hommes mariés et chefs de familles reçurent l’assistance en priorité ; les femmes étaient en général considérées comme la responsabilité de leurs familles ; quant aux chômeurs célibataires, dont beaucoup étaient de passage, ils furent entreposés dans des camps de secours. En de nombreuses occasions pendant les années 1930, les villes de la Saskatchewan virent de violentes manifestations dûes à la colère et  à la frustration engendrées par un bouleversement social sans précédent.

La Dépression fut un grand tournant dans le développement de la province. L’inhérente vulnérabilité de l’économie du blé fut révélée de façon brutale – de même que les conséquences environnementales désastreuses de bien des techniques agricoles traditionnelles. Les limitations de l’action individuelle confrontée à des forces en dehors du contrôle humain furent également exposées, et firent comprendre à tous la nécessité d’une intervention gouvernementale pour résoudre les problèmes économiques et sociaux. Résolu au départ à limiter l’action du gouvernement, le premier ministre R.B. Bennett reconnut finalement le besoin de démarches originales. Deux aspects du « nouvel accord Bennett » de 1935 eurent une importance particulière pour la Saskatchewan : le Conseil canadien du blé (CANADIAN WHEAT BOARD), une agence fédérale de commercialisation centralisée, fixa un prix plancher pour le blé et rétablit une mesure de contrôle et de sécurité pour les producteurs ; et l’Office de réaménagement des fermes de prairie (PRAIRIE FARM REHABILITATION ADMINISTRATION), créé au départ pour s’occuper de l’érosion du sol, transcenda bientôt ce mandat limité. Cet office, qui encourageait la collaboration entre fermiers, fonctionnaires fédéraux et experts provenant des universités et des fermes expérimentales, eut une immense influence sur le développement et la dissémination d’une démarche plus rationnelle et scientifique dans tous les aspects de l’agriculture des prairies au cours des décennies qui suivirent.

Premier pique-nique de la CCF à Crystal Lake (pas de date).
Saskatchewan Archives Board S-B12325

Ces initiatives étaient symptomatiques d’un nouveau consensus concernant l’intervention du gouvernement dans des domaines non traditionnels. De telles impulsions contribuèrent à la naissance du Parti social démocratique (CO-OPERATIVE COMMONWEALTH FEDERATION, ou CCF) en 1932. S’inspirant des traditions de coopération et de réforme de l’ancienne société pionnière, le parti était également influencé par une profonde hostilité envers les grands intérêts financiers, aiguisée par l’analyse sociale encore plus radicale qui émergea pendant la Dépression. Dans ces circonstances, les fermiers aux abois trouvèrent opportun de s’allier avec les autres classes exploitées, et plus particulièrement les ouvriers agricoles, afin de créer un mouvement politique visant à une société meilleure. Du point de vue de ceux qui vivaient les dévastations des années 1930, cette utopie était caractérisée par une économie régularisée se basant sur les principes de coopération et de détention publique, et par une société dans laquelle la dignité humaine était garantie par toute une gamme de mesures d’aide sociale fournies par l’état. L’idéologie de la CCF, combinant les visions utopiques des pionniers et le profond besoin de sécurité engendré par la Dépression, peut être considérée comme une création originale de la Saskatchewan. Plus que tout autre facteur, l’idéologie et la politique de ce parti – et de son successeur, le Nouveau parti démocratique ou NPD -- allaient façonner la province pendant tout le restant du 20ième siècle.

Tommy Douglas.
Saskatchewan Archives Board R-A5729-4

La CCF, après avoir renforcé son organisation locale au cours des années 1930, arriva au pouvoir dans la province en 1944, à un moment où les demandes de la guerre avaient rétabli un semblant de prospérité (voir WORLD WAR II). Résolu à se servir du pouvoir gouvernemental pour moderniser la province, le nouveau premier ministre, T.C. DOUGLAS, se lança dans un programme législatif ambitieux qui fit prendre à la Saskatchewan une direction différente de celle des autres provinces des prairies. Au cours des vingt années qui suivirent, la CCF prit des mesures pour protéger les fermes familiales et les droits des travailleurs ; elle créa toute une gamme de services publics qui facilitèrent entre autres le développement de l’électrification rurale ; elle consolida les écoles de campagne, et améliora les routes et autres infrastructures rurales ; elle augmenta le financement des bibliothèques, des archives et des activités artistiques ; et elle étendit les mesures d’aide sociale (voir CROWN CORPORATIONS). La plus grande réussite de la CCF fut peut-être l’introduction en 1962 de MEDICARE, le premier système socialiste de soins médicaux en Amérique du Nord. La CCF tenta également d’étendre et de diversifier la base économique de la province, et se tourna au début vers l’exploitation des ressources naturelles pour créer la prospérité. L’exploitation du pétrole, du gaz, de la potasse, de l’uranium, des forêts et des diamants (OIL, GAS, POTASH, URANIUM, FORESTRY, DIAMOND), ainsi que le tourisme (TOURISM), affichèrent une croissance remarquable au cours du demi-siècle qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, alors que la province passait lentement d’une dépendance complète de l’agriculture à une économie moins étroite et plus résistante.

John et Olive Diefenbaker, octobre 1958.
Saskatchewan Archives Board S-B4828

Au pouvoir pendant quarante des cinquante années qui suivirent la guerre, la CCF- NPD pouvait se targuer d’un bon nombre d’importantes améliorations apportées à la vie des gens ordinaires, et qui servirent d’inspiration à la création de nombreux programmes sociaux au niveau national. Mais en dépit d’une planification scientifique, il est clair maintenant que beaucoup de ces politiques eurent des conséquences inattendues et indésirables. Retrospectivement, il est évident que la consolidation des écoles rurales et les améliorations apportées aux routes ainsi qu’à d’autres services – tout ceci dans le but d’augmenter la qualité de la vie rurale et de protéger les fermes familiales – eurent un effet contraire. Les écoles à une salle de classe (ONE-ROOM SCHOOLS) étaient au coeur de la société rurale : celles-ci une fois fermées, il ne fallut pas attendre très longtemps pour que les structures de service et d’approvisionnement, et finalement les voies ferrées et les silos, soient aussi dirigés vers des centres plus importants. La CCF- NPD fut impuissante à renverser les effets de la consolidation et de la mécanisation de l’agriculture, qui aboutirent à un petit nombre de personnes exploitant un nombre toujours diminuant de fermes plus vastes et plus intensives. Il en résulta un dépeuplement rural (RURAL DEPOPULATION) qui commença avec la Dépression pour accélérer jusqu’après la guerre. Même les périodes de prospérité agricole, comme celles résultant des programmes de soutien et des massives ventes de blé à l’étranger que le premier ministre JOHN G. DIEFENBAKER réalisa pour sa province d’origine à la fin des années 1950 et au début des années 1960, effectuèrent peu de changements dans la tendance à l’émigration. La richesse matérielle elle-même joua un rôle dans le déclin rural : l’introduction de l’électricité et l’accès à la télévision, à l’automobile, à l’avion et à l’éducation universitaire exposèrent les habitants des prairies à la réalité mondiale. Les profonds changements familiaux qui accompagnèrent la contraception, l’augmentation du taux de divorces et la hausse de l’emploi chez les femmes, trouvèrent leur expression en Saskatchewan durant l’après-guerre. Il en résulta parmi la population rurale, et surtout chez les jeunes, un plus grand désir de s’installer dans les villes ou de quitter la province pour de bon, à la recherche de meilleures opportunités économiques et d’une qualité de vie différente.

Les initiatives qui prirent place dans le nord de la Saskatchewan eurent aussi des conséquences inattendues. La CCF fut l’une des premières administrations provinciales à inclure le nord dans sa vision, car ses planificateurs considéraient les ressources et le tourisme associés à cette région comme cruciaux pour la diversification de l’économie et la prestation de programmes sociaux plus étendus. La CCF était également résolue à moderniser le nord en sécularisant la direction communautaire, en créant une économie socialiste modèle, et en assimilant les autochtones aux normes provinciales. Dans beaucoup de cas, cependant, ces initiatives engendrèrent des problèmes encore plus sérieux. L’amélioration des services de santé, par exemple, contribua à une expansion démographique spectaculaire qui accentua le chômage et la pauvreté. Les nouvelles routes, construites pour faciliter le développement de l’économie provinciale, créèrent des problèmes sociaux supplémentaires associés à l’alcoolisme. L’intervention gouvernementale découragea certaines entreprises locales, tandis que l’aide sociale sapait l’autonomie et encourageait la dépendance. Au fil des ans, le nord produisit une richesse énorme, mais sous bien des aspects les conditions de vie des autochtones et des Métis subirent une détérioration à mesure qu’ils quittaient leurs lignes de piégeage pour les nouvelles agglomérations.

Les autochtones du sud furent également les témoins de profonds changements durant cette période : leur rapide croissance démographique s’accompagnait d’une affirmation politique accrue et d’une plus grande préoccupation pour la revitalisation culturelle. A la fin du siècle dernier, les autochtones représentaient environ 15% de la population provinciale ; sous les auspices d’organismes comme la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan (FEDERATION OF SASKATCHEWAN INDIAN NATIONS, ou FSIN), ils militaient pour la résolution de revendications territoriales (LAND CLAIMS) et pour leur droit à l’autonomie à l’intérieur et à l’extérieur des réserves. Les Métis profitaient également de cette renaissance, et bien que moins influentielle que la FSIN, la MÉTIS NATION-SASKATCHEWAN, en tant que champion de la population métisse, assurait le financement d’un bon nombre de programmes.

Ross Thatcher.
Saskatchewan Archives Board S-B5014

Néanmoins, en tempérant le radicalisme du début par un pragmatisme social démocratique, la CCF et son successeur le NPD devinrent les gouvernements naturels de la province. Ce faisant, ils soulevèrent énormément d’hostilité – surtout dans les milieux d’affaires, qui trouvaient que l’influence du gouvernement s’exerçait au détriment du secteur privé. Un système bipartite marqué par une profonde polarisation idéologique vint à caractériser la politique provinciale dans la seconde moitié du 20ième siècle, et quand les électeurs rejetèrent le NPD dans les années 1960 et 1980, ils durent faire face à des politiques diamétralement opposées. Les Libéraux, sous ROSS THATCHER de 1964 à 1971, et les Conservateur progressistes, sous GRANT DEVINE de 1982 à 1991, ne cachaient pas leur préférence pour la libre entreprise et cherchèrent à réduire considérablement l’influence du gouvernement sur la société. Les deux partis réussirent à attirer de nouveaux investissements, surtout dans les secteurs de l’énergie et de la manufacture, grâce à leur attitude favorable aux affaires ; mais les Conservateurs progressistes se trouvèrent  confrontés à une sérieuse récession, et leurs emprunts non durables laissèrent les finances publiques dans un état critique.

Grant Devine.
Saskatchewan Archives Board S-SP-A18265

Il est significatif que ces deux administrations, en échouant à redresser le déclin des campagnes, ont déçu leurs partisans ruraux. La tendance à l’agriculture capitalistique s’est accélérée à partir des années 1970 ; mais malgré une diversification accrue vers le bétail et l’industrie du porc, et malgré le développement d’une grande variété de nouvelles récoltes en plus du blé, les fermiers sont de plus en plus pris dans une marge comprimée. Dans les années 1980, la suppression du tarif Crow (CROW RATE) et l’apparition d’une concurrence lourdement subventionnée en provenance de l’Europe et des Etats-Unis érodèrent davantage la marge bénéficiaire des fermiers de la Saskatchewan. Ces tendances ont conduit à la quasi-disparition de la ferme familiale, la pierre angulaire de la société rurale créée par les pionniers, qui a été remplacée par l’agro-industrie : de vastes propriétés couvrant plusieurs sections, qui s’appuient sur la mécanisation et les produits chimiques pour un rendement maximum à partir de graines qui sont de plus en plus soumises à la modification génétique. En 2001, moins de 10% de la population provinciale était directement engagée dans l’agriculture, et les produits de base agricoles représentaient moins de 20% du produit intérieur brut : il était donc clair que l’économie de la Saskatchewan était encore agricole plus par nostalgie que par souci de réalité.

A mesure que la province perdait des habitants, les grands bénéficiaires s’avéraient être les villes et les cités. North Battleford, Prince Albert, Lloydminster, Moose Jaw, Yorkton, Swift Current, Humboldt, Melfort et La Ronge connurent toutes une croissance importante à partir de 1950 ; pendant la même période, Saskatoon et Régina devinrent des centres métropolitains importants : la population de Saskatoon tripla presque entre 1951 et 2001, surpassant ainsi celle de sa rivale. Cette croissance a été accompagnée par une expansion des installations pour la vente au détail, l’art et les spectacles, ainsi que les services de soins médicaux et d’éducation post-secondaire. Ces centres sont aussi devenus multiethniques avec l’arrivée de petits nombres d’immigrants provenant de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud, de l’Europe de l’Est et des Antilles. L’impact le plus important a cependant été celui des Premières Nations, qui partagent la préférence générale pour la résidence urbaine : en 2001, près de 50% de la population autochtone vivaient dans les centres urbains, où ils formaient la plus grande minorité visible. Pour beaucoup de ces migrants, la pauvreté et le racisme passèrent simplement du stade rural au stade urbain ; mais la création de réserves urbaines, l’expansion des établissements d’enseignement autochtones, et la prolifération d’entreprises autochtones ont démontré que les Premières Nations sont en train de d’adapter au milieu urbain et de le transformer.

Bien que plus petites que des cités comme Winnipeg, Calgary ou Edmonton, à la fin du 20ième siècle Saskatoon et Régina offraient à leurs résidents des agréments comparables. Les cités de la Saskatchewan n’étaient plus les simples appendices du secteur agricole : une énorme expansion de l’extraction des ressources, une croissance modeste dans la fabrication, et le développement d’activités de recherche commerciale intensives en association avec les universités ont rendu l’économie urbaine pratiquement indépendante de l’économie agricole. De plus en plus de résidents urbains n’ont donc aucun contact direct avec l’agriculture ou les régions rurales. Ce fossé grandissant entre la Saskatchewan rurale et urbaine a été clairement exprimé par le durcissement de la polarisation politique : le NPD est de plus en plus identifié avec la Saskatchewan urbaine, tandis que dans l’opposition le SASKATCHEWAN PARTY reçoit le soutien des régions rurales. Le fait que le NPD ait pu conserver le pouvoir au début du 21ième siècle avec pratiquement aucune représentation rurale témoigne de cette récente dominance urbaine.

Alors que la province s’apprêtait à célébrer son centenaire en 2005, ses résidents étaient encore confrontés à l’isolement géographique, à une population éparse et à des écarts climatiques extrêmes. Il s’agit là des principaux déterminants de l’histoire de la province : à son arrivée, tout groupe humain a été forcé de s’adapter à cet environnement afin de survivre et de prospérer. Vu du début du 21ième siècle, il semble évident que ceux qui ont élu domicile ici ont réussi. Au cours de leur adaptation, ils ont créé une communauté nord-américaine distinctive dont la culture politique un peu énigmatique a exercé une influence importante en dehors même de leurs frontières. Leurs efforts ont aussi produit une grande richesse matérielle, des villes dynamiques, et des accomplissements notables du point de vue intellectuel, culturel, artistique et athlétique. Les défis demeurent – en particulier le besoin de compler le fossé entre autochtones et non-autochtones, et entre les résidents du nord et ceux du sud. Il va aussi falloir manoeuvrer prudemment pour protéger et rehausser le statut de la province au sein de la fédération canadienne et de la communauté globale. Confronté à cette tâche et à bien d’autres encore, le peuple de la Saskatchewan fera bien de s’inspirer de son patrimoine historique de lutte, de sacrifice et de réussite.

Contributor: Michael Cottrell
Translated By: Patrick Douaud

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Lectures

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