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Les Blocs Ethniques

By: Alan Anderson

Depuis l’ouverture des concessions dans l’ouest du Canada en 1872, une grande partie de la prairie de la Saskatchewan a été occupée par des groupes ethno-religieux qui ont formé leurs propres blocs ethniques. Un bloc ethnique peut résulter de la consolidation d’un territoire plus important, occupé au départ par un certain groupe ethnique qui se trouve à présent dans une position minoritaire : ce fut le cas des METIS, qui opposèrent une résistance armée en 1884-85 (voir NORTH-WEST RESISTANCE). Un bloc ethnique peut également résulter de l’importation d’une organisation sociale similaire par des immigrants européens qui eux aussi occupaient une position minoritaire dans leurs pays d’origine: ce fut le cas des MENNONITES, HUTTERITES et DOUKHOBORS, ainsi que de nombreux catholiques allemands. Ou bien un bloc ethnique peut provenir des projets de colonisation du gouvernement fédéral et d’une organisation ethnique ou religieuse : ce fut le cas des catholiques allemands venant du Midwest américain ; des Français venant de France, du Québec et de la Nouvelle-Angleterre ; des Ukrainiens, Polonais et autres groupes ethniques venant de l’Europe de l ‘Est ; et des Scandinaves venant de Scandinavie et du Midwest américain. On peut croire que leur décision de s’installer ici plutôt qu’aux Etats-Unis était dûe à une aversion pour l’attitude « melting pot » de ce pays, accompagnée d’une préférence pour la mosaïque culturelle canadienne ; ou bien à la conviction que le Canada serait plus tolérant envers les minorités ethniques dotées de croyances particulières (telles que le pacifisme) ; ou bien encore au fait que les terres arables étaient moins chères et plus disponibles au Canada.

Pour ce qui est des causes de ces migrations, on peut distinguer les facteurs qui poussent le migrant à quitter sa région d’origine, et ceux qui l’attirent vers sa nouvelle destination. Les principaux facteurs de poussée étaient la surpopulation, l’appauvrissement, le mécontentement politique et la persécution (qui pouvait conduire à la migration forcée ou à l’expulsion en masse). Parmi les facteurs d’attirance on peut compter : le recrutement d’immigrants de la part du gouvernement du pays neuf afin de compenser une faible migration interne ; le recrutement par des organismes à la recherche de main-d’oeuvre bon marché ; l’influence des lettres d’immigrants adressées à leur ancienne patrie ; et le transport d’immigrants comme commerce lucratif. Il est vrai que certains facteurs considérés de poussée, vus d’un certain point de vue, peuvent apparaître d’attirance s’ils sont vus d’un autre angle : par exemple, le Canada s’engagea dans la colonisation commerciale intentionnelle afin d’exploiter les ressources naturelles et d’accroître son influence politique en important des immigrants européens continentaux comme pionniers agricoles qui stabiliseraient l’agitation des Métis et des Premières Nations. Pratiquement tous les facteurs de poussée et d’attirance eurent un impact sur la migration vers les blocs ethniques des provinces de prairie.

On peut considérer l’immigration principalement, mais non entièrement, comme une entreprise individuelle ou une dérive collective plutôt que comme un mouvement de groupe organisé. Pourtant, on a vu des villages entiers migrer vers un autre pays ; de plus, les gouvernements règlent, dirigent, et encouragent ou bien découragent le processus de migration. Quelles étaient donc les politiques canadiennes d’immigration pendant les décennies qui virent la majorité des nouvelles arrivées ? Vers la fin du 19ième siècle, à cause de la rivalité avec la politique d’immigration américaine alors plutôt ouverte, la campagne canadienne s’intensifia. En 1891, le recensement avait indiqué un accroissement insatisfaisant de la population au cours de la décennie précédente. Lorsque Clifford Sifton devint ministre de l’Intérieur en 1896, il commença immédiatement à encourager l’immigration. Des agents furent nommés dans l’Europe entière, bien que la plupart des pays européens possèdent des lois strictes contre l’émigration ; on rechercha des immigrants par l’intermédiaire de circulaires, d’expositions et d’annonces publicitaires ; et les compagnies de transports reçurent des fonds du gouvernement fédéral. De plus, le flux dans les prairies canadiennes de migrants provenant de l’Europe Centrale et de l’Est s’accentua bientôt sous l’effet des restrictions américaines sur les quotas.

Tout était bon pour attirer les immigrants – y compris ceux déjà installés aux Etats-Unis – dans la prairie canadienne. En 1911, beaucoup des 160 000 immigrants continentaux du début se trouvèrent installés en Saskatchewan grâce aux efforts de la North Atlantic Trading Company, qui avait passé un accord avec le gouvernement canadien en 1899. Cette compagnie était sous l’obligation de verser un minimum de $15 000 par an pour faire venir des immigrants de diverses régions de l’Europe continentale : les Pays-Bas (Hollande et Belgique) ; les pays à prédominance allemande (Allemagne, Luxembourg et Suisse) ; la Scandinavie (Danemark, Suède et Finlande) ; et l’Europe de l’Est (Autriche-Hongrie et Russie). La compagnie recevait un dollar pour chaque fermier qui immigrait. Le contrat fut renouvelé pour dix ans en 1904, mais deux ans plus tard fut annulé à cause de l’hostilité des gouvernements européens envers la propagande d’émigration clandestine et des manipulations financières. En ce qui concerne ces dernières, il semble que des paiements avaient été versés pour des immigrants qui étaient venus au Canada sous d’autres auspices. Mais dès 1906 la compagnie avait reçu des sommes énormes du gouvernement Laurier.

la Commission royale de la Saskatchewan sur l’immigration et la colonisation, 1930.
Saskatchewan Archives Board R-B3667

La politique d’ouverture de Sifton concernant l’immigration depuis l’Europe continentale n’était pas sans critiques. En premier lieu, l’attitude du gouvernement provincial envers l’immigration différait quelque peu de celle du gouvernement fédéral : l’afflux d’immigrants provoqué par la politique du gouvernement fédéral ne faisait qu’augmenter les difficultés financières de la province, à cause des dépenses associées aux installations éducatives ainsi qu’aux travaux publics et autres services gouvernementaux. De plus, la politique de Sifton était en conflit ouvert avec le désir de la population provinciale d’origine britannique de réserver la Saskatchewan aux « personnes parlant l’anglais ». Le ressentiment envers l’immigration incontrôlée – surtout celle venant de l’Europe de l’Est – grandit sans arrêt après la Deuxième Guerre mondiale. Au cours des séances dirigées par la Commission royale de la Saskatchewan sur l’immigration et la colonisation, de nombreux dossiers furent présentés qui étaient hostiles à l’immigration ouverte. La branche provinciale de l’Union des fermiers du Canada suggéra de mettre fin à l’immigration des fermiers jusqu’à ce que les fermiers de souche voient leur sort s’améliorer ; il fallait aussi supprimer l’aide à l’immigration et mettre en place un système de quotas contrôlé dans une certaine mesure par le gouvernement provincial. Le Commandement de la Saskatchewan de la Légion canadienne était d’avis que l’immigration provenant de l’Europe continentale ne devrait pas dépasser celle des « pays de l’Empire ». Le Conseil des métiers de Saskatoon conseillait une immigration sélective dans les cas où l’assimilation était certaine. L’Assemblée de Régina des Enfants du Canada s’opposait à l’immigration assistée -- qu’elle soit parrainée par le Canada, par le pays d’origine, ou par des groupes d’intérêt – ainsi qu’aux concessions spéciales faites aux immigrants et à l’offre de la citoyenneté canadienne avant les cinq années de résidence réglementaires. Le KU KLUX KLAN de la Saskatchewan voulait supprimer complètement l’immigration provenant des pays « non préférés » de l’Europe centrale, de l’est et du sud pendant au moins cinq ans, après quoi il faudrait imposer un quota rigoureux de 2% du recensement de 1901, sauf pour les immigrants britanniques, français et scandinaves. Il voulait également que des familles britanniques et scandinaves « qualifiées » soient autorisées à s’établir dans la région, et que les groupes ethniques se voient refuser le droit d’entrée. La Grande loge provinciale de l’Ordre d’Orange de la Saskatchewan (ORANGE ORDER) préconisait la prédominance anglo-saxonne et s’opposait à la politique « malavisée » de faire venir plus d’immigrants qu’il n’était possible d’assimiler à « ces valeurs morales britanniques si fondamentales pour notre existence nationale ».

Bien que la Commission royale de la Saskatchewan sur l’immigration et la colonisation n’ait pas jugé la situation en 1930 d’une manière aussi négative que les organismes déjà cités, elle reconnaissait que le développement de blocs ethniques isolés n’était pas propice à une société canadienne intégrée :

Dans la province entière on trouve de nombreuses colonies qui représentent diverses origines raciales. Le développement de ces colonies présente, en dépit de leurs nombreuses qualités,de graves problèmes… Certainement, ces groupes contribuent diversité et richesse culturelle à la communauté ; certainement aussi, cette diversité permet aux nouveaux venus de s’adapter plus facilement à leur nouvel environnement, et peut-être de faire des progrès économiques plus rapides. Recevoir un accueil chaleureux d’un frère de race, surmonter la nostalgie provoquée par le départ de la patrie sont parmi les facteurs d’assistance qui favorisent ces colonies. D’un autre côté, c’est la ferme conviction de beaucoup d’entre nous que ces colonies créent des blocs qui font obstacle à ces contacts intimes sans lesquels il est impossible de former des citoyens solides.

La Commission conclut que « la colonisation devrait être supprimée et le restant du domaine public vendu, de préférence aux résidents de cette province ; en second choix, à d’autres Canadiens ; en troisième recours, à des colons britanniques ; et finalement, à d’autres immigrants ». La formation des blocs ethniques en Saskatchewan couvre donc la période allant du début de la politique de Sifton en 1896, jusqu’au rapport de la Commision royale en 1930.

Le processus de colonisation des terres et de formation des blocs ethniques s’avéra plutôt compliqué. Le système de concessions prit place dans les prairies canadiennes en 1872, conformément à la section 33 de la Loi foncière :

Toute personne qui est seule responsable d’une famille ainsi
que tout mâle âgé d’au moins 18 ans qui est sujet britannique
ou qui déclare vouloir le devenir, a le droit de postuler une
concession. On peut obtenir un quart de section sur versement
d’une somme de $10, pourvu que certaines conditions de
résidence et d’agriculture soient remplies. Pour être homologué,
l’immigrant doit avoir résidé sur sa concession pendant au
moins six mois de chacune de trois années consécutives, et il doit
y avoir construit une maison habitable et défriché au moins 30
acres, dont 20 doivent récolter. La superficie à défricher peut
être réduite si la terre est difficile à cultiver à cause des pierres
ou des broussailles.

Les plans de colonisation du gouvernement fédéral étaient intimement liés aux projets du chemin de fer, tout comme ces derniers l’étaient avec les projets des organisations ethniques et religieuses. Le gouvernement fédéral finançait la colonisation par l’intermédiaire du Département de colonisation du CPR, qui avait des bureaux en Grande-Bretagne et en France. Un département similaire fut organisé par le CNR en 1923 afin d’attirer les immigrants vers les terrains libres situés le long de la voie ferrée. L’Association pour la colonisation du Canada (Canada Colonization Association, ou CCA), une branche du CPR, plaçait principalement les immigrants continentaux dénués de capital et était soutenue en cela par des banques de prêts et des personnes riches – ce qui suggère une certaine sympathie envers l’immigration continentale. En plus de la CCA, les chemins de fer se servaient de filiales ethniques et religieuses intéressées par les blocs ethniques ; ces filiales étaient dans une certaine mesure financées par les chemins de fer ($5 par adulte pour une famille établie, ou $1 par travailleur agricole célibataire).

La famille Andrzej Wojcik, Kelvington, vers 1931.
Saskatchewan Archives Board R-B9818

D’après la documentation sur les relations ethniques, le développement d’enclaves ethniques n’est pas rare. La compétition pour l’espace conduit souvent à la formation d’îlots ethniques séparés, dotés de leur culture propre. Les membres de chaque groupe minoritaire ont tendance à se rassembler dans des zones où ils peuvent parler leur langue, pratiquer leur religion, et observer leurs coutumes. Les immigrants ressentaient parfois l’hostilité de la population majoritaire et se retrouvaient isolés dans des régions bien définies. Beaucoup d’entre eux voulaient vivre avec leurs semblables, avec lesquels ils pouvaient s’identifier. De plus, une fois qu’une colonie voit le jour, d’autres individus d’une même ethnicité ont tendance à y être attirés.

On peut distinguer quatre principaux types de blocs ethniques. D’abord, les blocs planifiés étaient organisés et établis par des groupes ethniques ou ethno-religieux spécifiques grâce aux efforts de leurs agents ou associations. Ensuite, le gouvernement canadien ainsi que les compagnies de transports et de colonisation avaient la responsabilité de recruter des immigrants provenant de groupes ethniques and religieux bien définis. Troisièmement, les blocs ethniques naquirent graduellement de la migration en chaîne -- un processus par lequel les individus d’une certaine origine s’installaient dans une localité de la Saskatchewan, puis établissaient des liens avec leurs parents, leurs amis ou autres contacts dans le pays d’origine, encourageant ainsi d’autres vagues d’immigration. Quatrièmement, les blocs ethniques furent formés par un processus de gravitation dans lequel les immigrants étaient influencés par des forces d’attraction mutuelle telles qu’origine commune, langage, religion et culture.

Le caractère initial du bloc peut évoluer avec le temps, comme certains blocs peuvent être des ramifications d’autres plus anciens. Les blocs ethniques de la Saskatchewan étaient conformes à tous ces types. Les blocs juifs, mennonites, hutterites and doukhobors – ainsi que quelques autres allemands (catholiques et protestants, surtout luthériens), britanniques, français et hongrois – semblent appartenir principalement au type organisé, tandis que les blocs scandinaves, ukrainiens, polonais et noirs représentent surtout les types d’immigration en chaîne ou de gravitation. En somme, la formation de blocs ethno-religieux en Saskatchewan était dûe en partie aux projets de colonisation organisée, et en partie à la gravitation fortuite d’ethnicités similaires.

Mariage à Cannington Manor, avant 1897.
Saskatchewan Archives Board R-B10323

L’effet produit par ces blocs sur la population des prairies a été profond. Depuis l’ouverture des terres aux concessions en 1872, la plus grande partie de la prairie et des régions semi-boisées fut occupée en un peu plus d’un demi-siècle par divers groupes ethno-religieux qui avaient formé leurs propres colonies. La population et la superficie de ces colonies pouvaient varier, depuis les terres environnant une petite communauté isolée jusqu’à la vaste colonie englobant de nombreuses villes et villages ; mais il faut souligner que la plupart des communautés rurales de la province sont situées à l’intérieur de telles colonies.

En dépit de la politique de préférence pour les immigrants venant de pays « souhaitables », la Saskatchewan avait dans les années 1920 deux fois plus d’immigrants d’origine non britannique que britannique. De vastes régions des prairies faisaient à présent partie des blocs ethniques, dont certains comprenaient plus de trente villes et villages. De plus, la prairie canadienne avait accueilli la main-d’oeuvre agricole originaire de l’Europe de l’Est mais provenant des Etats-Unis. Les enclaves ethniques, devenues une caractéristique des prairies, contribuèrent à transformer la société canadienne en une « mosaïque culturelle » en grande partie dénuée de la forte identité nationale et de la mentalité « melting pot » qui prenaient forme aux USA. Ces enclaves étaient typiquement isolées des autres enclaves d’origines ethniques ou religieuses différentes, ainsi que de la société dominante. L’organisation sociale était extrêmement localisée, et la plupart des blocs ethniques avaient conservé les dialectes, les coutumes et les traditions de diverses régions de l’Europe.

Leopold et Anna Amon, immigrants souabes du Danube, vers 1902.
Saskatchewan Archives Board R-A23868

S’ajoutant aux colonies métisses francophones déjà éparpillées dans toute la province, des immigrants francophones venant directement d’Europe (France, Belgique et Suisse) furent rejoints par des Québecois (y compris ceux d’origine acadienne) et d’autres francophones venus du Manitoba et des Etats-Unis, et établirent trente-deux colonies françaises et plus de cent paroisses. Dans quelques cas ces colonies étaient des expansions de blocs originels fondés par les Métis, mais la plupart étaient entièrement nouvelles. Il existait une grande diversité linguistique : on parlait le mitchif, le québecois rural, de nombreux dialectes de France et de Belgique, et même le breton (la langue celte de la Bretagne). Les blocs français allaient de la vaste colonie de plus de 3 000 personnes d’origine française habitant plusieurs villes et leurs alentours, aux petites colonies de 200 ou 300 habitants concentrés autour d’un village ou d’un hameau. Il en découla une structure unique : seize blocs dans le sud, et seize autres dans le centre de la province. L’impact de l’immigration française sur les prairies de la Saskatchewan a représenté un aspect important de la diaspora francophone à travers le Canada.

Les immigrants d’origine britannique formaient la plus grande proportion de la population provinciale ; aussi pourrait-on supposer qu’il n’existait pas de colonies britanniques proprement dites, vu que la population britannique était la « population générale ». En fait ce serait incorrect, car il existait des colonies distinctes : anglaises, écossaises, irlandaises et galloises. Plusieurs colonies anglaises – CANNINGTON MANOR, la Colonie des artisans de l’East London, la Colonie des fermiers de York, Churchbridge, la BARR COLONY – étaient des entreprises utopistes créées par des immigrants d’Angleterre, tandis que la Colonie de tempérance de Saskatoon provenait de l’Ontario. Les colonies écossaises comprenaient des petits fermiers des Highlands, des immigrants des Orcades et de la Basse-Ecosse, et des Canadiens écossais de l’Ontario et de la Nouvelle-Ecosse. Il y avait également des concentrations d’Irlandais, et au moins une colonie irlandaise proprement dite. Une colonie galloise fut établie par des immigrants qui ne venaient pas directement du pays de Galles, mais de l’Argentine. Jusqu’aux années 1940, les immigrants d’origine britannique (y compris les Irlandais) constituaient la majorité de la population de la province, et aujourdhui encore leurs descendants sont omniprésents.

Les colons de langue allemande étaient d’origines extrêmement diverses. Ils venaient surtout des colonies ethniques allemandes de l’Europe de l’Est, ainsi que de celles des états américains voisins. Leurs colonies en Saskatchewan étaient en général basées sur des attaches religieuses, et leurs origines étaient souvent bien spécifiques : les colonies fondées par les Souabes du Danube venant de la région frontalière formant maintenant la Serbie, la Roumanie et la Hongrie, en sont un bon exemple. Deux importantes colonies mennonites se fixèrent au nord de Saskatoon et au sud et à l’est de Swift Current respectivement. Les Hutterites attendirent 1949 avant de fonder des colonies, mais depuis elles ont proliféré et de nouvelles ont été fondées presque chaque année. Le personnes d’origine allemande ont colonisé de nombreuses régions des prairies; aujourd’hui leurs descendants, avec les immigrants allemands plus récents, surpassent en nombre tous les autres groupes ethniques de la province . Les personnes d’origine hollandaise, bien que concentrées dans les cités, ont fondé deux colonies rurales : près de Swift Current en 1910, et près de North Battleford en 1914.

Festivités pionnières à Hryhoriw, au sud de Preeceville, 1937.
Saskatchewan Archives Board R-B10101

Les immigrants d’origine scandinave et finlandaise ont également eu tendance à se concentrer dans leurs propres colonies. Les Norvégiens – à la fois ceux venant directement de la Norvège et ceux venus des états américains voisins – se concentrèrent dans certaines régions des prairies de la Saskatchewan à partir de 1894. Les Suédois fondèrent la colonie de la Nouvelle Stockholm en 1885, puis se concentrèrent dans au moins cinq autres régions éloignées les unes des autres. Les Islandais, également parmi les premiers colons, développèrent trois colonies distinctes au cours des années 1880 et 1890 : Thingvalla-Logberg, près de Churchbridge ; Valar-Holar, près de Tantallon ; et la grande colonie de Quill Lakes, autour de Wynyard et Foam Lake. La première colonie finlandaise fut la Nouvelle Finlande, près de Whitewood, en 1887 ; suivirent Rock Point et Turtle Lake en 1908-10. Les personnes d’origine danoise avaient tendance à s’installer dans les centres urbains ; cependant Dannevirke, une paroisse typiquement danoise, fut établie à Redvers en 1910. Aujourd’hui, de nombreuses régions agricoles de la Saskatchewan demeurent peuplées essentiellement d’individus d’origine scandinave (y compris finlandaise), qui continuent à former une partie importante de la mosaïque provinciale.

De nombreuses colonies furent développées par des groupes ethniques venant de l’Europe de l’Est. Les colonies ukrainiennes les plus importantes furent toutes formées entre 1896 et 1906, principalement par des immigrants provenant de districts voisins en Galicie et en Bukovine. Leurs descendants constitutent maintenant pour le nombre le deuxième groupe ethnique non britannique et non autochtone, après les immigrants d’origine allemande, et leurs colonies couvrent de vastes zones rurales. Les Polonais se concentrèrent souvent à l’intérieur des colonies ukrainiennes, malgré la formation de blocs polonais proprement dits entre 1896 et 1906. Les Doukhobors russes commencèrent à arriver en 1899 et s’installèrent dans quatre colonies : la Colonie du nord, ou Swan River ; la Colonie du sud, ou Veregin ; l’Annexe de Good Spirit Lake ; et les sections nord et sud de la Colonie Saskatchewan, ou Colonie Prince Albert. Les Juifs de l’Europe de l’Est s’établirent dans huit colonies rurales : la Nouvelle Jérusalem, près de Moosomin, en 1882 ; la région d’Oxbow, en 1894 ; au nord de Wapella, en 1886 ; Hirsch, à l’ouest d’Estevan, en 1892 ; Sonnenfeld, ou Hoffer, et Edenbribge, en 1906 ; et Montefiore, dans la région d’Alsask, ainsi que de l’autre côté de la frontière albertaine, en 1910. Les Hongrois formèrent leurs propres colonies en deux décennies, de 1886 à 1908. Les Tchèques et les Slovaques se concentrèrent à Kolin, Gerald, Glenside et Valley Centre entre 1884 et 1902, et dans la région de Lipton après 1905. Les Croates s’installèrent autour de Kenaston en 1904, et les Serbes fondèrent la première église orthodoxe serbe canadienne à Régina en 1916. Les Roumains, eux, fondèrent la première église orthodoxe roumaine canadienne à Régina en 1902, ainsi que cinq colonies rurales éparpillées dans la province. Les individus d’origine non européenne se sont en général établis dans les principales cités, surtout au cours des récentes décennies. Cependant, les Chinois sont depuis longtemps dispersés dans les communautés rurales, où ils tiennent des cafés ; les Syriens/Libanais ont occupé les communautés du sud de la province ; et les Noirs de l’Oklahoma se sont installés dans le district d’Eldon, près de Maidstone, en 1909.

Les blocs ethniques ou ethno-religieux ont représenté jusqu’à présent des formes importantes d’organisation sociale dans le contexte canadien, mais on ne doit pas considérer ces formes comme statiques. Les blocs ethniques persisteront peut-être, ou bien peut-être sont-ils dans une phase de dissolution ; en outre, les identités ethniques rurales sont peut-être en voie de réinterprétation. Bien qu’il soit possible de discerner des facteurs contribuant à la persistance ou à la dissolution, la comparaison des groupes ethniques entre eux montre une variation considérable. En général, on peut considérer l’assimilation comme une réorientation vers la société dominante remplaçant l’orientation traditionnelle vers le groupe lui-même. De façon plus spécifique, l’assimilation indique un changement d’identité. Mais qu’est-ce qui change exactement ? Quels facteurs forment l’identité ? Qu’est-ce que les conditions démographiques/écologiques -- telles que statistiques de vie (âge, génération, sexe, profession et éducation), différences communautaires (dimension, homogénéité, emplacement), mobilité et déclin communautaires (dépeuplement rural et mobilité physique, mobilité sociale et élimination des points de convergence ruraux) – ont à voir avec le changement d’identité ? Et dans quelle mesure peut-on constater une telle réorientation dans le nombre de mariages en dehors du groupe ethnique ou religieux ?

Ce modèle de colonisation ethnique a efficacement réduit les chances de mariage entre groupes ethniques et religieux, bien que les attitudes envers ce genre de mariage soient devenues de plus en plus ouvertes. Les mariages entre différentes religions sont depuis longtemps plus répandus que ceux entre différentes ethnies et surtout différentes races : ainsi les catholiques allemands, par exemple, se sont mariés avec des Polonais, des Hongrois, des Français et autres catholiques. Cependant, les individus d’origines ethniques similaires ont aussi eu tendance à se mélanger : par exemple, les Ukrainiens avec les Polonais et les Russes. De plus en plus d’habitants de la Saskatchewan revendiquent à présent plus d’une origine ethnique. On peut penser que plus la population devient mélangée, moins on va mettre l’accent sur les identités ethniques. Localement il est de plus en plus fréquent, surtout dans les communautés mélangées, de trouver des individus d’une origine ethnique particulière avec des époux d’une origine différente : à un nom de famille indicateur d’une certaine ethnicité peut correspondre la langue d’une autre ethnicité.

Ceci pose le problème de la rétention linguistique, phénomène éminemment variable. Par exemple, la communauté fransaskoise a en général fortement insisté sur la capacité à parler français – une attitude renforcée par le statut du français comme langue officielle, par les écoles et les émissions de langue française, et par les réunions conduites en français par certaines organisations provinciales. Pourtant, moins de la moitié de la population d’origine française parle encore la langue, et de moins en moins de paroisses autrefois francophones offrent leurs services principalement – et encore moins exclusivement – en français. Les groupes ethniques de l’Europe de l ’Est ont en général conservé leurs langues d’une génération à l’autre plus que ne l’ont fait ceux d’origine allemande ou scandinave, et ce pour différentes raisons : blocs ethniques mieux définis, solides cultures ethniques, et le sens d’être nettement différents des autres populations de la Saskatchewan. Les individus d’origine scandinave n’ont en général pas beaucoup parlé leurs langues et se sont montrés disposés à trouver leurs époux parmi la population d’origine britannique. L’importance qu’avait autrefois la culture allemande fut très affectée par les deux guerres mondiales, si bien que la capacité à parler la langue diminua fortement avec la deuxième et la troisième génération. Cette tendance a été renversée dans une certaine mesure par l’immigration d’individus de langue allemande vers les cités au cours de l’après-guerre, et langue et culture allemandes ont été relancées grâce au Conseil allemand de la Saskatchewan. En général, la rétention linguistique la plus élevée se rencontre chez les immigrants récents, qui sont presque tous des habitants des villes. Chez les populations rurales, la familiarité avec la langue traditionnelle a inexorablement décliné ; le seul groupe qui échappe à cette généralisation est celui des Hutterites.

Quelle qu’ait été la capacité de maintenir des traditions ethniques et de promouvoir la connaissance des blocs ethniques en Saskatchewan, l’influence que ceux-ci ont eu sur la géographie culturelle de la province est indiscutable. Il est regrettable que de nombreuses églises rurales aient été fermées, abandonnées ou même détruites au cours des années, ainsi que les écoles rurales et les centres communautaires qui autrefois étaient l’essence même de la vie rurale ; mais la Saskatchewan conserve encore bien des exemples d’architecture ethnique comme les nombreux bulbes des églises ukrainiennes qui parsèment le paysage. Certaines structures d’habitation ont même parfois été uniques à certains groupes ethniques, tels les villages Strassendorf en ligne des Mennonites (et auparavant des Doukhobors), les lopins de terre riveraine typiques des colonies métisses de Batoche et de St-Laurent-Grandin, et l’agencement ordonné des bâtiments hutterites.

Contributor: Alan Anderson
Translated By: Patrick Douaud

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