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Histoire politique de la Saskatchewan

By: Dan de Vlieger

La Chambre, Edifice de l'Assemblée législative de la Saskatchewan.
Don Hall

Les observateurs politiques s’accordent en général pour dire que les sociétés dans lesquelles la population détermine par vote libre quels partis politiques vont former le gouvernement, affichent des pratiques et des idées politiques qui ne sont pas très éloignées des préoccupations quotidiennes de cette population. L’histoire politique de la Saskatchewan au cours des cent dernières années illustre amplement cette observation : certains sont même convaincus qu’il y a quelque chose de différent dans le sentiment politique de la province si on la compare à ses voisines, car sur quarante-cinq de ces cent années la population a voté pour des administrations visiblement socio-démocratiques. L’un de ces observateurs, Seymour Martin Lipset1, écrivant dans les années 1950, fut frappé par le fait qu’en termes de dimensions démographiques telles que l’ethnicité, les activités économiques, le comportement social, les sentiments religieux, le milieu légal et la date de colonisation, il n’y avait pratiquement pas de différence entre les populations des trois provinces des prairies pour expliquer le fait que le comportement politique de la Saskatchewan semblait, au moins en surface, être divergent – surtout en un lieu et à une époque (l’Amérique du Nord de la moitié du 20ième siècle) qui étaient en général hostiles envers les politiques « socialistes » ou « gauchistes ». D’autres observateurs de ce présumé radicalisme l’ont vu d’un regard différent : Evelyn Eager, par exemple, a conclu que les électeurs de la Saskatchewan « n’ont pas montré un comportement radical, dans le sens ou bien de préférer un changement extrême, ou bien de voter surtout pour un principe de base »2.

La politique de la Saskatchewan durant le siècle qui s’est écoulé n’est évidemment pas du même type que celles des juridictions voisines : elle a parfois pris des directions qui étaient à la fois innovatrices et facilement classées comme extrrêmement radicales par ceux opposés à de telles mesures. On peut prendre comme exemple l’introduction de l’assurance maladie (MEDICARE) au début des années 1960, et les événements qui ont marqué sa mise en place. Tandis que certains observateurs considèrent cette initiative comme étant purement inspirée par une ferveur idéologique, d’autres sont en droit d’y voir une mesure provenant d’un désir de donner accès à des soins médicaux abordables à une population disséminée sur une vaste surface géographique, et dont le revenu moyen, plutôt modeste, subissait des fluctuations importantes d’année en année. Le fait que cette initiative de la Saskatchewan fut suivie peu après par l’introduction de l’assurance maladie au niveau national semble indiquer que l’intention initiale était moins idéologique que ses détracteurs ne le croyaient.

Un panorama de la politique en Saskatchewan depuis ses débuts doit tenir compte de plusieurs faits importants. Créée comme province en 1905 par une loi fédérale, taillée dans un immense territoire en même temps qu’étaient dessinées les frontières des deux provinces voisines, elle étaient habitée en grande majorité par des nouveaux venus, la plupart desquels se livraient à l’agriculture. Les données du recensement de 1901 sur la région appelée à devenir la Saskatchewan indiquent une population totale de 91 279 (90,8% rurale), tandis que le recensement de 1906 donne le chiffre de 257 763 (86,8% rurale) – une augmentation de 182% en cinq années seulement3. Ce phénomène d’expansion démographique nourrie surtout de l’extérieur continua au même rythme, de 1905 jusqu’au début de la Grande Dépression (GREAT DEPRESSION) : en 1931, seulement un quart de siècle après sa création, la Saskatchewan avait une population de 921 785 habitants. Depuis, ce chiffre est demeuré étonnamment stable, avec de modestes fluctuations entre 920 000 et 990 000. Cette dynamique – une rapide expansion dûe surtout à l’immigration, suivie par une longue pérode de croissance pratiquement nulle – a eu des implications importantes pour les gouvernements successifs, et permet de diviser l’histoire politique de la province en trois périodes.

Pendant la première période, de 1905 à 1929, les gouvernements provinciaux étaient préoccupés de construire une infrastructure qui, bien que modeste, offrirait à une population dispersée un minimum de services tels que routes, écoles et établissements de santé, là où il n’y en avait jamais eu. Constitutionnellement, toutes ces questions étaient considérées d’une nature locale ou privée, et donc relevant de la juridiction provinciale. Les ressources financiaires de la Saskatchewan, extrêmement limitées, provenaient principalement du gouvernement fédéral ; il n’était pas possible, même si on l’avait vraiment voulu, de tirer un revenu régulier d’une population neuve qui était arrivée sans fortune. De plus, le seul revenu potentiel, le contrôle du domaine public, était encore sous juridiction fédérale d’après les accords qui avaient mené à la création de la province : il en résultait une dépendance du gouvernement fédéral qui était profondément ressentie par la population et qui demeurait une source de friction entre les deux niveaux de gouvernement. Cette situation, à laquelle s’ajoutait une politique déjà ancienne du gouvernement fédéral qui consistait à maintenir des tarifs élevés sur les marchandises américaines, forçait la population à payer davantage pour les machines et outils agricoles qui lui étaient indispensables : il y avait donc un sentiment répandu que les provinces de l’ouest étaient délibérément, injustement et de façon injustifiable, gardées dans un état de dépendance coloniale par un gouvernement fédéral dominé par les intérêts du Canada central. Depuis le début, donc, il y eut dans la province un climat de ressentiment contre le gouvernement fédéral, qu’il soit libéral ou conservateur,  et contre le système de partis qui en formait la base. Ce climat de méfiance encouragea très tôt les électeurs de la province à faire la différence entre politique provinciale et politique fédérale, et à soutenir des partis politiques différents selon le niveau des élections.

Walter Scott (1905-1916).
Saskatchewan Archives Board R-A245

Depuis 1905 jusqu’aux dévastations causées à la fin des années 1920 et au début des années 1930 par la Dépression et par une succession de sécheresses, la situation politique de la province peut se résumer comme une consolidation graduelle des institutions gouvernementales locales et comme une lente croissance des services gouvernementaux à travers une succession d’administrations du parti libéral (LIBERAL PARTY). Cette longue période de dominance de la part du parti libéral prit fin en 1929, signalant la conclusion de la période initiale de rapide croissance démographique et économique, nourrie de l’effort des pionniers et de l’optimisme d’une population nouvellement arrivée.

William Martin (1916-1922).
Saskatchewan Archives Board R-B4621

Supportée par des victoires électorales au cours de six élections consécutives, l’administration libérale domina la scène politique de la province sous la direction des premiers ministres WALTER SCOTT (1905-16), WILLIAM MARTIN (1916-22), CHARLES A. DUNNING (1922-26) et JAMES G. GARDINER (1926-29). Cette remarquable série de succès électoraux était largement basée sur les liens étroits qui existaient alors avec l’institution dominante d’un électorat surtout agraire : l’Association des récoltants de blé de la Saskatchewan (SASKATCHEWAN GRAIN GROWERS ASSOCIATION, ou SGGA). L’étroitesse de ces liens est évidente dans l’échange fréquent de personnel entre les principales figures de l’Association et le cabinet libéral : par exemple, le premier Ministre de l’agriculture de la province, W.R. MOTHERWELL, qui détint ce portefeuille de 1905 à 1918, était l’un des fondateurs de l’Association ansi que son premier président, tandis que Charles Dunning, avant de devenir premier ministre, avait été un membre très influentiel de l’Association en tant que directeur régional et vice-président4.

Charles A. Dunning (1922-1926).
Saskatchewan Archives Board R-A631-1

Tandis qu’au niveau provincial l’électorat se prononça régulièrement en faveur des libéraux de 1905 à 1929, son soutien pour le parti dans les élections fédérales était loin d’être aussi évident : dans les seize circonscriptions fédérales disputées au cours des élections de 1921, par exemple, les électeurs de la province votèrent pour quinze progressifs et seulement un libéral. Ceci est important pour deux raisons. D’abord, les candidats du parti progressif étaient parrainés par une association politique qui, bien qu’officiellement indépendante de la SGGA, avait été créée par cette dernière et était bien connue pour en être le bras en matière d’élections fédérales. Ensuite, les résultats de cette élection démontrèrent que les électeurs de la Saskatchewan étaient déjà à l’aise avec la pratique de voter pour un certain parti au niveau provincial, tout en supportant un parti différent au cours des élections fédérales. Il s’agit là d’une persistente caractéristique de l’électorat de la Saskatchewan, qui ne s’attache particulièrement à aucune perspective idéologique. L’importance de cette caractéristique n’est pas passée inaperçue aux yeux des personnes engagées dans la politique, et les organisations politiques provinciales se sont montrées prêtes à se différencier de partis fédéraux avec lesquels elles partagent un certain nombre de perspectives, d’idées et de membres, en adoptant un nom différent. Ce phénomène était déjà présent à l’avènement de la province, quand aux élections de 1905 et de 1908 les conservateurs agirent sous le nom de Parti des droits provinciaux. On peut observer le même genre de distinction superficielle lorsque des entité légales séparées font leur apparition, portant des noms différents et opérant aux différent niveaux de la politique fédérale et provinciale, mais dont les liens en termes de direction et d’effectifs sont évidents. C’est là le cas du Parti de la Saskatchewan (SASKATCHEWAN PARTY), un parti provincial qui disputa sa première élection en 1999 après la chute du parti conservateur progressif, et qui est manifestement en relation étroite avec le parti conservateur fédéral (CONSERVATIVE PARTY).

James G. Gardiner (1926-1929, 1934-1935).
Saskatchewan Archives Board R-A632-2, © M. West, Regina, West's Studio Collection

La montée du parti progressif (PROGRESSIVE PARTY) au sein de la politique provinciale dans les années 1920 était signe d’une agitation croissante chez la population en ce qui concernait un certain nombre de questions sociales et économiques. De nombreux soldats, revenant de la Première Guerre mondiale, furent déçus par les actions du gouvernement fédéral, et leur retour ne fut certes pas facilité par le déclin des années 1920. Le contrôle fédéral sur le domaine public, l’absence d’action contre les obstacles tarifaires protectionnistes, et le manque manifeste de bonne volonté fédérale envers la création d’un office de vente du blé, contribuèrent à renforcer l’opinion générale que la politique traditionnelle n’opérait pas en faveur de la Saskatchewan. Ce mécontentement croissant envers la politique et les partis fédéraux incita le premier ministre libéral, William Martin, à se distancier du parti libéral fédéral. L’agitation d’après-guerre fut exacerbée par les différences de plus en plus évidentes touchant à l’ethnicité et à la religion, surtout en ce qui concernait la politique scolaire, et qui devinrent de plus en plus prononcées durant cette période : ceci fut à l’origine de la soudaine apparition du KU KLUX KLAN dans la province, et incita aussi la population à soutenir lors de l’élection de 1929 des candidats qui, bien que faisant campagne sous des noms différents, étaient considérés susceptibles de battre les candidats libéraux de la province. Le résultat fut en effet la défaite du gouvernement libéral.

J.T.M. Anderson (1929-1934).
Saskatchewan Archives Board R-A629-1

L’homme qui devint premier ministre, J.T.M. ANDERSON, était le chef du parti conservateur provincial ; il forma son gouvernement avec le support de députés qui avaient été élus comme indépendants ou comme progressifs. Afin de souligner le fait que son administration était étayée par des opinions politiques diverses, il l’appela le « gouvernement coopératif ». La période 1929-1944, inaugurée par l’élection de ce gouvernement et  prenant fin avec l’élection du Parti social démocratique (CO-OPERATIVE COMMONWEALTH FEDERATION, ou CCF) sous la direction de T.C. DOUGLAS, peut être considérée comme la deuxième phase dans l’évolution politique de la Saskatchewan. Ce fut une période de transition entre une longue série d’administrations libérales et une situation de division prolongée dans laquelle des gouvernements appartenant à la « gauche » alternaient avec d’autres appartenant à la « droite ».

William J. Patterson (1935-1944).
Saskatchewan Archives Board R-A2670

Dès le commencement, de sérieuses difficultés assaillirent le gouvernement Anderson. Bien que la province ait finalement reçu en 1930 la juridiction qu’elle recherchait concernant le domaine public, cela lui profita bien peu : la Dépression se faisait de plus en plus sentir dans l’économie, si bien qu’il n’y avait pas de demande pour l’achat de terres ou pour les permis de recherche en ressources naturelles. De plus, une sévère sécheresse augmentait le malaise économique, si bien que le premier ministre dut faire face aux critiques de factions au sein de son propre parti, qui pensaient que leur dirigeant avait abandonné les vrais principes conservateurs en formant une alliance avec les progressifs et les indépendants. La grève des mineurs d’Estevan en 1931 (ESTEVAN COAL STRIKE), au cours de laquelle trois grévistes furent abattus par la police, provoqua une amertume qui contribua également à ébranler le soutien dont Anderson avait bénéficié lors de l’élection de 19295. Les élection de 1934 virent donc la défaite de l’administration Anderson, remplacée par un parti libéral qui était encore sous la direction de James G. Gardiner. La défaite des conservateurs fut si dévastatrice qu’entre 1934 et 1975 le parti ne réussit à faire élire qu’un seul membre à la législature – et cela pour seulement une session. Gardiner quitta le pouvoir en 1935 afin d’occuper le poste de Ministre de l’agriculture dans le gouvernement libéral formé par W.L. Mackenzie King après la défaite des conservateurs dirigés par R.B. Bennett. Le successeur de Gardiner aux postes de premier ministre et de chef du parti libéral provincial fut WILLIAM. J. PATTERSON, qui conduisit son parti à une seconde victoire en 1938.

T.C. Douglas (1944-1961).
T.C. Douglas R-WS15159-1, ©M. West, Regina, West's Studio Collection.

A en juger seulement par le nombre de sièges législatifs obtenus pas le parti libéral lors des élections de 1934 et 1938 (50 des 55 sièges disponibles en 1934, et 38 sur 52 en 1938), on peut considérer le gouvernement Anderson comme une simple interruption dans le scénario habituel d’administrations libérales – peut-être dûe à un mécontentement temporaire envers le parti libéral provincial de la part d’électeurs disposés à opérer un retour à la normale, après une expérience jugée insatisfaisante avec un gouvernement non libéral. Une telle conclusion, cependant, ne tient pas compte de l’inconstance  manifeste d’une importante portion de l’électorat. Au cours des élections de 1934 et 1938, un grand nombre votèrent pour des partis relativement nouveaux dans la province, au lieu de répartir leurs votes entre les deux principaux partis traditionnels. En 1934, 24% des votes allèrent à une nouvelle coalition, le Parti fermier travailliste ; et en 1938 son successeur, le CCF, reçut 19% des votes tandis que 16% votaient pour le Crédit social (SOCIAL CREDIT PARTY). Leurs partisans considéraient que ces deux nouvelles créations politiques étaient plus susceptibles de faire face aux difficultés encourues par les « gens ordinaires » que ne l’étaient les deux partis traditionnels, considérés comme subordonnés aux partis fédéraux correspondants. On peut constater le même type de mécontentement envers les partis traditionnels dans les résultats de l’élection fédérale de 1940, où le CCF et le Crédit social réussirent à envoyer plusieurs de leurs membres à la Chambre des communes.

Woodrow S. Lloyd (1961-1964).
Saskatchewan Archives Board R-A245, © M. West, Regina, West's Studio Collection

Cette inclination de la part d’une bonne partie de l’électorat provincial à offrir son support, à la fois au niveau provincial et au niveau fédéral, à des mouvements politiques opposés aux deux partis traditionnels s’était déjà faite annoncer : par les fissions qui s’étaient produites au sein de la population agraire, et par le développement d’organisations urbaines luttant pour la cause des travailleurs. Dans le secteur agraire la SGGA, qui depuis longtemps détenait le quasi-monopole de représentation des intérêts fermiers, vit sa popularité et ses effectifs diminuer. Elle fut en partie supplantée par une organisation plus aggressive, formée en 1921 et appelée l’Union des fermiers du Canada, tandis qu’en 1925 le secteur urbain vit la naissance du parti travailliste indépendant. Le parti libéral, pour la politique, et la SGGA, pour le domaine agraire, avaient été les deux organisations les plus importantes de la province depuis 1905 jusqu’aux années 1920, mais dans cette dernière décennie leur prééminence fut en butte à de plus en plus de défis. L’élection de 1929, qui marqua la fin du règne libéral, mit donc un terme à la première phase de l’histoire politique de la Saskatchewan. On peut considérer la deuxième phase, de 1929 à 1944, comme un interlude durant lequel des changements sociaux et économiques importants contribuèrent grandement à réaligner les forces politiques pour aboutir à une nouvelle administration formée par le CCF sous la direction de T.C. Douglas.

W. Ross Thatcher (1964-1971).
Saskatchewan Archives Board R-A245, © M. West, Regina, West's Studio Collection

L’élection de 1944 marqua le début d’une longue période (environ 60 ans) d’activité politique stable. La domination politique alterne à présent entre deux tendances : d’un côté le CCF et son successeur, le Nouveau parti démocratique (NPD) ; de l’autre une coalition derrière le dirigeant de l’organisation politique avec la meilleure chance de battre le CCF/NPD. Pendant les vingt premières années de cette période (1944-64), le gouvernement fut constitué par le CCF, dirigé d’abord par T.C. Douglas (1944-61), puis par WOODROW S. LLOYD (1961-64). Le CCF perdit le pouvoir avec l’élection de 1964, dominée par la controverse concernant l’introduction de l’assurance maladie. Le parti libéral, tirant profit de la situation, obtint le vote et forma un nouveau gouvernement sous la direction de W. ROSS THATCHER, qui demeura au pouvoir jusqu’en 1971, lorsqu’il fut battu par un NPD renaissant, mené par ALLAN E. BLAKENEY. Ce dernier, réélu en 1975 et 1978, resta au pouvoir pendant onze ans. En 1982, date de l’élection suivante, il était évident que la force politique majeure opposée au gouvernement Blakeney était le parti conservateur progressif. Sous la direction de D. GRANT DEVINE, ce parti obtint une victoire éclatante : avec 55 sièges sur 64, il réduisait les socio-démocrates à un parti croupion de seulement neuf membres, concentrés principalement dans les deux majeures cités de la province.

Allan E. Blakeney (1971-1982).
Saskatchewan Archives Board

L’administration du premier ministre Devine, réélue en 1986, dut alors faire face à de plus en plus de difficultés et de scandales. Au cours de sa dernière année au pouvoir, Devine ne réussit pas à faire voter un budget provincial à la législature, et eut recours pour le financement des dépenses gouvernementales à des mandats spéciaux, au lieu d’un budget supporté par le pouvoir législatif. Cette pratique inhabituelle et constitutionnellement douteuse prit fin quand vint le temps d’organiser une nouvelle élection. Celle-ci, qui eut lieu en 1991, afficha un résultat pratiquement opposé à ce qui s’était passé en 1986 : les socio-démocrates, sous la direction de ROY J. ROMANOW, s’emparèrent de 55 sièges sur 66, comparé à dix seulement pour les conservateurs progressifs. On peut aussi attribuer une distinction douteuse à l’histoire politique de la Saskatchewan de l’époque : après la défaite de Devine, la plupart des membres de son cabinet furent condamnés pour fraude -- un exploit inégalé dans toute autre partie du Commonwealth.

Grant Devine (1982-1991).
Saskatchewan Archives Board 82-773-754A

Le premier ministre Romanow retint le pouvoir en 1995 et en 1999. En 2001 il démissionna de son rôle de dirigeant du NPD et de premier ministre ; son successeur, LORNE A.CALVERT, réussit à obtenir la victoire aux élections provinciales générales de 2003. Cette période de soixante ans montre une fluctuation du pouvoir politique entre le NPD, considéré populairement comme « à gauche », et divers partis généralement considérés « de droite ». Une telle situation ne révèle rien en elle-même sur les préoccupations et les actions politiques des divers gouvernements qui ont détenu le pouvoir entre 1944 et le présent ; on peut néanmoins discerner ces préoccupations et ces actions dans la structure socio-économique qui en est ressortie.

Roy Romanow (1991-2001).
Oktober Revolution Photography

L’importante réalité de la politique provinciale est qu’elle se joue avec pour toile de fond une économie offrant un maigre taux de rendement du capital investi. Le secteur agricole, pendant longtemps le moteur dominant de l’économie provinciale, a été sujet aux fluctuations du prix de ses produits sur le marché mondial, et est également soumis aux fréquents caprices du climat. De plus, si une proportion croissante du produit intérieur brut de la province découle de ressources comme la potasse (POTASH), le pétrole et le gaz (OIL AND GAS), l’URANIUM et l’industrie forestière (FORESTRY), ces produits, pris ensemble, n’offrent pas de rentabilité financiaire comparable à celle de beaucoup d’autres provinces. En plus d’avoir une population réduite, la Saskatchewan est située trop loin des marchés importants pour faire de la fabrication à grande échelle une entreprise profitable. En conséquence les gouvernements de la province, face à une base imposable étriquée, ont tiré le financement des programmes publics de deux sources principales : les transfers du gouvernement fédéral, et la gestion prudente d’activités sous contrôle gouvernemental direct.

Lorne Calvert (2001- ).
Office of the Premier

Dans les sociétés dont les gouvernements sont soumis à des élections périodiques, la demande pour les services gouvernementaux, ainsi que les besoins réels de divers segments de la population, n’offrent pas à ces gouvernements le luxe de gérer prudemment, avec les moyens financiers disponibles, les programmes et services sous leur juridiction. Les groupes d’opposition aspirant au pouvoir ont tendance à déclarer que ceux déjà au pouvoir pourraient faire beaucoup plus et beaucoup mieux, avec beaucoup moins. Ce dilemme, qui affecte fréquemment les gouvernements élus démocratiquement, est souvent présent en Saskatchewan, précisément parce que a) il est difficile pour les dirigeants d’accroître le revenu et donc de promettre d’étendre les services en frappant d’impôts des zones de largesse jusqu’ici inexploitées, et b) la population est disséminée sur une telle surface que la livraison de services gouvernementaux est souvent plus onéreuse par tête que dans beaucoup d’autres régions.

Les demandes pour des services téléphoniques, pour un réseau routier adéquat, pour l’électricité, et pour des services médicaux et hospitaliers abordables ont présenté un défi au gouvernement élu en 1944, ainsi qu’à ceux élus plus tard sous la même bannière. Le gouvernement Douglas et ses successeurs choisirent d’offrir cette expansion des services en s’y impliquant eux-mêmes, et donc en contrôlant les services proprement dits et les coûts associés. Le mécanisme administratif favori consista à créer des sociétés d’Etat (CROWN CORPORATIONS). Les plus importantes, comme SaskTel, SaskPower et SaskEnergy, sont devenues des traits familiers du paysage économique et politique de la Saskatchewan. D’autres domaines tels que l’assurance automobile et l’assurance hospitalisation ont également été placés sous contrôle gouvernemental. Au début des années 1960, cette extension des programmes gouvernementaux culmina avec la création du programme provincial d’assurance maladie. L’introduction de ce programme divisa l’opinion, mais servit de modèle à ce qui quelques années plus tard devint un ensemble de programmes nationaux. La crise qui accompagna l’introduction de Medicare conduisit en 1964 à la défaite électorale du CCF, alors sous la direction de Woodrow Lloyd.

Au cours des soixante dernières années, le principal débat politique a tourné autour de cette question : comment et jusqu’à quel point le gouvernement provincial devrait-il être impliqué dans la livraison et le contrôle de services et de programmes ? Du point de vue de l’électorat, le parti disposé à planifier et mettre en place des programmes publics est le CCF/NPD ; au contraire, ses adversaires – les libéraux, les conservateurs progressifs ou, plus récemment, le Parti de la Saskatchewan – se montrent en général prêts à réduire ou à éliminer ce que certains électeurs et parties intéressées considèrent  superflu ou mal géré. La rhétorique accompagnant cette ancienne lutte entre les deux tendances est souvent exprimée en termes idéologiques, surtout parmi les partisans acharnés. La façon dont le pendule oscille entre ces deux tendances, en l’absence de motivations manifestement opposées, indique qu’il faut en chercher les causes dans des domaines plus terre-à-terre, mais peut-être tout aussi importants.

Pendant que cette fluctuation battait son plein au cours des soixante dernières années, la population a subi d’importants changements qui ont de plus en plus déterminé où les deux partis concernés trouvent leur force électorale. Jusqu’aux environs de 1980,  le NPD tira en général son support des régions urbaines et rurales, mais avec l’élection de 1982 il devint clair que ce support s’était concentré dans les régions urbaines. Les élections suivantes ont confirmé cette tendance : c’est dans les régions rurales que le parti – quel que soit son nom – qui est considéré comme opposé à la position associée avec le NPD reçoit le plus fort soutien électoral ; et ce sont les régions urbaines qui votent de la façon la plus constante pour le NPD. Le profil politique de la province représente donc une division entre population urbaine et population rurale. Le profil démographique a aussi subi des changements importants au cours du demi-siècle passé. Jusqu’aux années 1950, non seulement était-il à prédominance rurale, mais encore cette population rurale vivait-elle dans des fermes, tandis que de nombreux citadins étaient encore sensibles à ses besoins et préoccupations. Tout ceci a changé : en 2001, environ 65% des habitants de la province vivaient dans les centres urbains, et les liens familiaux et économiques qu’ils avaient autrefois avec leurs homologues ruraux s’étaient considérablement relâchés. On peut donc parler de deux solitudes en Saskatchewan : l’une rurale et l’autre urbaine. On peut aussi constater que cette division est clairement projetée sur la scène politique.

Citations

1. Seymour Lipset. Agrarian Socialism (Los Angeles: University of California Press, 1959).

2. Evelyn Eager. The Conservatism of the Saskatchewan Electorate: Politics in Saskatchewan (Don Mills, ON: Longmans Canada, 1968).

3. Census figures are quoted from John A. Archer, Saskatchewan: A History (Saskatoon: Western Producer Prairie Books, 1980), 355.

4. Evelyn Eager. Saskatchewan Government (Saskatoon: Western Producer Prairie Books, 1980).

5. Archer, Saskatchewan, 220. 

Contributor: Dan de Vlieger
Translated By: Patrick Douaud

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